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vendredi 27 février 2009 15:45

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« La Guerre de Sécession », tuniques amères

Arte diffuse dimanche le premier volet de la passionnante série historique de l’Américain Ken Burns, record d’audience aux Etats-Unis.

par Bruno Icher

tag : documentaire

DR

La Guerre de Sécession (The Civil War), série documentaire de Ken Burns, épisode 1/9, Arte, dimanche 1er mars, à 22 h 15.

« Nous étions jeunes et nos cœurs ont été touchés par le feu. » C’est sur cette citation d’Oliver Wendell Holmes, physicien et écrivain américain, que s’ouvre cette extraordinaire série documentaire consacrée à la guerre de Sécession. Diffusée en 1991 aux Etats-Unis, elle a rassemblé 45 millions d’Américains devant la chaîne PBS, un record seulement dépassé par une autre série consacrée au base-ball, autre pilier de la culture américaine, et toujours signée Ken Burns. C’est grâce ce gigantesque travail accompli sur la guerre civile que l’historien est devenu une vedette en son pays. Bonne nouvelle  : depuis quelques années, il exporte désormais ses films, comme The War, fresque de plus de quatorze heures consacrée à la Seconde Guerre mondiale qui a connu un large succès en France l’année dernière, tant en DVD que lors de sa diffusion, toujours sur Arte, à la surprise générale.

Evidemment, ce travail sur la guerre civile américaine ne possède pas, pour les spectateurs français, une charge émotionnelle comparable à The War. Question à la fois de proximité dans le temps et du sujet lui-même, fondateur pour les Américains, mais dont les détails sont peu connus hors de leurs frontières. Or, tandis que Barack Obama est entré de plain-pied dans un état de grâce dont le monde entier souhaite qu’il dure le plus longtemps possible, il n’est pas superflu de creuser un peu le sujet Lincoln, abondamment cité par l’actuel président américain.

A l’inverse, on peut largement se dispenser de la rediffusion de la vieille fiction le Nord et le Sud (toujours sur Arte), qui eut les faveurs du public en dépit des épouvantables brushings de Patrick Swayze qui aurait pu flinguer sa carrière rien qu’en arborant ce monstrueux accroche-cœur au milieu du front. Toujours est-il que nous recommandons vivement de se plonger toutes affaires cessantes dans cette Civil War qui, dès le premier épisode, captive même les plus ignorants sur le sujet. Et nous en savons quelque chose. Les qualités de conteur de Ken Burns, sa technique très particulière de « visiter » les innombrables photos ­réunies, l’érudition prodigieuse et immédiatement accessible des documents produits, tout cela confère un charme irrésistible à ­l’entreprise.

En neuf épisodes, l’historien raconte le destin des acteurs majeurs ou anonymes du conflit, la brutalité des combats fratricides et les conditions de vie d’un XIXe siècle rendu soudain, comme par magie, si proche. Avant d’entrer dans le récit picaresque, incroyablement romantique et cruel de cette guerre, Ken Burns livre sa note d’intention  : « Cette guerre fut la naissance d’un pays incapable de comprendre comment le conflit ait pu avoir lieu. »

En 1861, l’Amérique ne compte que 33 millions d’habitants, autant dire pas grand-chose compte tenu de l’immensité du territoire dont certaines parties sont encore à l’état sauvage. La querelle entre le Nord, qui entame sa révolution industrielle à marche forcée, et le Sud, qui tente coûte que coûte de se maintenir dans un conservatisme d’un autre âge, prend bientôt des allures d’affrontement de société. La guerre est l’aboutissement inéluctable de cette opposition que Tocqueville, en 1831, avait déjà observée et relatée  : « Sur la rive gauche de l’Ohio, le travail se confond avec l’idée de l’esclavage, sur la rive droite avec celle du bien-être et des progrès. Là, il est dégradé, ici on l’honore. »

Au cours de ce premier épisode, Burns montre la polémique sur l’esclavage qui dégénère en affrontement violent jusque dans les murs du Sénat où, en pleine séance, un abolitionniste est roué de coups de canne par un sénateur sudiste. En Virginie, John Brown, un illuminé persuadé que sa mission d’abolitionniste est guidée par Dieu le Père lui-même, tente un coup de force en 1859 pour déclencher un soulèvement des esclaves. Personne ne se soulève et ses hommes finissent par succomber sous les balles d’un détachement de l’armée dirigé par un certain Robert Lee, le futur commandant en chef des forces sudistes. John Brown sera pendu sous les acclamations de la foule de Charles Town, au milieu de laquelle se trouve John Wilkes Booth, le futur assassin de Lincoln. C’est haletant, passionnant, impérieux et il y a huit autres épisodes de ce calibre.

Paru dans Libération du 27 février 2009


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