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vendredi 7 décembre 2007 16:26

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La K7 bande encore

Plusieurs collectifs tentent de réhabiliter le support analogique. Démonstration ce week-end, au Point éphémère, à Paris.

par Marie Lechner

tags : musique , festival , graphisme , design , cassette

Cassette issue de la collection de Neck, graphiste allemand fasciné par le design du support.

Do It Yourself Boogie les 7 et 8 décembre au Point éphémère, 200, quai de Valmy, 75010 Paris. Rens. : 01 40 34 02 48 http://www.myspace.com/diyboogie

La cassette (K7) refuse de mourir, exhumée par la jeune génération numérique, plus familière de l’iPod que du walkman. MonsterK7, petit label indépendant, dit vouloir « réhabiliter la K7 audio, sacrifiée sur l’autel de la modernité au profit du bientôt défunt CD ». « L’industrie de la musique a jeté la K7 sans un adieu, sans un regret. C’est un sort injuste », s’offusque le collectif Mort aux jeunes, qui organise les soirées K7 et Cas sociaux, plus nerds que les iPod battles. Les DJs n’y passent que des cassettes (collectors des années 80 et 90) et les groupes live diffusent leur musique sur bande magnétique. « Réhabiliter la K7 est une entreprise dérisoire, mais nous savons que le cool est de notre côté. »

Introduite dans les bacs en 1963 et éclipsée par les CD dès 1982, la cassette, que Philips - son inventeur et fossoyeur - a cessé de produire en 2000, annonçait toutes les révolutions à venir : la copie, la mobilité, le mix, la playlist, la musique jetable. Portable, bon marché et robuste, le bout de plastique a connu un succès immédiat, notamment parce qu’il permettait d’enregistrer ses propres compilations.

En 2003, le musée de la communication de Hambourg lui consacre une exposition, Cassette Stories. En France, le musicien Teas et la sérigraphiste Superheights lancent Home Taping, des mix tapes pour autoradios (longtemps dernier refuge d’une espèce en voie de disparition : le lecteur cassette), adaptées au modèle de voiture dont l’une s’intitulait Easy Electronics for Driving in a GTI Car. « Nous avons eu nos premiers émois musicaux avec les K7 audio », expliquent les musiciens Anne Le Gal et Gary Lafond, 25 ans, fondateurs de MonsterK7. Ce qui ne les empêche d’ailleurs pas de télécharger des MP3 à la pelle et de collectionner CD et vinyles. « Ce label est une protestation contre la dématérialisation de la musique. Nous accordons une grande importance à l’objet, aux pochettes travaillées, aux emballages originaux et préférons mille fois sortir un CD de sa pochette pour le mettre dans notre chaîne que de cliquer sur un MP3. »

Cette démarche, à la fois musicale et plastique, caractérise aussi les productions du label Mort aux jeunes, qui a sorti en juin une K7 deux titres, Chanson d’amour, de Catherine Ferroyer-Blanchard. Parodie des productions formatées de l’époque, commentaire ironique sur les come-back dont ils détournent les codes, ils ont poussé le vice jusqu’à organiser une tournée où leur vedette de variété chante exclusivement en play-back.

Si les K7 de Mort aux jeunes ont été produites selon un procédé industriel, celles de MonsterK7 sont recyclées. « Le support nous plaît parce que nous pouvons tout faire nous-mêmes », expliquent-ils. Ils y passent un temps fou, récupérant des K7 sur lesquelles ils réenregistrent leurs propres productions après les avoir nettoyées et ornées de nouvelles étiquettes. Après une première compilation dédiée au toy piano, série limitée épuisée et désormais téléchargeable, ils s’apprêtent à lancer Face A Face B leur compilation coups de cœur (à télécharger gratuitement à Noël).

Durant le Do It Yourself Boogie, forum des fanzines et autres productions faites maison, qui se tient ce week-end au Point éphémère, ils animeront un « atelier grattage » et invitent le public à venir avec ses vieilles K7. Car le support est désormais rare et se négocie chèrement sur la Toile. Monster K7 recense également sur son site toute une nébuleuse d’initiatives similaires, qui émergent un peu partout.

Les fétichistes de la cassette réactivent aussi sa dimension politique, évoquée par le musicien et écrivain David Toop, cité par le Guardian. « A la fin des années 70, beaucoup de musique du mouvement DIY était diffusée exclusivement sur des K7. Vous n’aviez pas besoin de beaucoup d’argent. Vous n’aviez pas besoin d’un label. Vous n’aviez pas besoin du tout de l’industrie de la musique. » Industrie qui craint alors que la vente d’enregistreurs ne fasse décliner celles des disques. La British Phonographic Industry lance dans les années 80 une féroce campagne, « Home Taping is Killing Music », dont le slogan et le logo (une cassette tête de mort) ont été repris par tous les flibustiers du Net, Pirate Bay, portail de téléchargement, en tête.

« La K7 permettait de se faire ses propres compilations, soit en copiant les disques qu’on vous prêtait, soit en enregistrant la radio. Je crois qu’à l’époque se disaient à peu près les mêmes conneries qu’à l’heure actuelle à propos des MP3, d’Internet et du piratage. Enfin je crois, parce que je n’étais pas né », explique Fuzzkhan, également distribué par Monster K7.

Fuzzkhan est un adepte du don à l’étalage, qui consiste à déposer sauvagement des disques, K7 et BD dans les rayons des supermarchés de la culture. Pour le jeune Lillois, utiliser la cassette est un acte « symbolique, une forme de résistance aux renouvellements technologiques cycliques imposés par les entreprises ». Sa Scratch Tape (avec une face B constituée uniquement de samples, clin d’œil à la culture hip-hop) est vendue au prix coûtant, soit 2 €. Fuzzkhan y développe sa technique très particulière du scratch K7, utilisant les qualités sonores du support analogique : « On appuie sur play avec un doigt et en même temps, avec un autre doigt, on appuie sur « avance » ou « recule » en essayant de garder la tête de lecture au contact de la bande. » Atelier pratique sur deux magnétocassettes plats, dimanche, au DIY Boogie.


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