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mardi 2 septembre 2008 07:43

  • cinéma

La Mostra explore le Brésil fragile

Venise. Pas de jour, depuis le début du festival, sans qu’un film fasse référence à ce pays.

par Philippe Azoury

tags : festival , Brésil

DR

Envoyé spécial à Venise

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A Venise, la cité, on trouve, dès l’embarcadère du vaporetto, toutes sortes de fausses marques : sacs, ceintures, lunettes. A Venise, le festival, pareil : il arrive de tomber sur des contrefaçons. Ainsi Dangkou (Plastic City) de Yu Lik-wai. Ancien chef op’ de Jia Zhang-ke, auteur de deux films indépendants chinois aux titres inspirés de chansons new wave dépressives (Love Will Tear us Apart, All Tomorow’s Parties), il a visiblement décidé de changer de registre.

Dangkou n’est pas nul, loin de là, c’est juste la carte de visite d’un technicien efficace, mais qui a perdu tout intérêt pour son art : un tiers Johnny To (on pense à Election), un tiers Martin Scorsese, un tiers la Cité de Dieu, dans une vision Action Joe des Japonais à São Paulo, se débattant entre mafia, guerre des gangs et politiciens véreux. Tout ça avec moult ralentis et quelques grimaces appuyées. Une heure pas trop mal, et puis ça tourne au n’importe quoi.

Le Brésil est visiblement le nouveau centre d’intérêt de Marco Müller, le directeur de la Mostra : pas un jour pour l’instant sans qu’un film s’y réfère. La terre indienne offrant même à la Mostra un film italien enfin satisfaisant : Birdwatchers, la terra degli uomini rossi, de Marco Bechis, Milanais élevé entre São Paulo et Buenos Aires. Ou comment indiens et propriétaires terriens continuent de ne pas réussir à s’entendre. En dépit d’un désir flou de se connaître l’un l’autre, vite rattrapé par les lois du Talion. Il manque à Bechis un peu de la radicalité d’un Lisandro Alonso (on songe parfois à Los Muertos, en plus commercial) mais Birdwatchers, en aérant le cinéma italien, vient de bousculer à coup sûr la compétition.

Birdwatchers - DR

Samedi soir, la Mostra ressuscitait Coffin Joe, alias Zé do Caixão, ou José Mojica Marins, cinéaste et acteur, personnage à part du folklore brésilien, sorte de Bela Lugosi régnant sur les bidonvilles de São Paulo à coups d’incantations, messes noires, orgies, scarifications et autres attouchements. Marins n’avait plus tourné depuis 1978, et Encarnação do Demônio est un nouveau festival de barbarie baroque, qui a quand même un peu perdu de sa verve quarante ans après. Sa mise en scène avait, dans les années 60, quelque chose de possédé qui le rapprochait de Glauber Rocha.

Comme d’habitude, il a fait son petit effet : « Un Brésilien fait fuir le public de Venise » titrait, outrée, la Gazettina locale. Pourtant, le satanisme baroque de Marins n’est jamais que la réponse pittoresque à une autre violence, bien réelle celle-là, économique, qui écrase les Brésiliens.

C’est vers les gosses des taudis et des décharges publiques que se sont tournés Jean-Pierre Duret et Andréa Santana : elle est architecte de formation, lui fut l’ingénieur du son de Doillon, Pialat, les Straub, les Dardenne. Puisque nous sommes nés, leur troisième documentaire commun, est une fois encore une exploration du Brésil, via ses zones de non-droit. Dix frères et sœurs survivent près d’une station-service, à côté d’un âne qui agonise. Certains ont pu reprocher au film, sans filet, collé à des survivants de 10 ans, son absence de direction ferme : mais ce n’est que le reflet d’une survie au jour le jour. A ceux qui se demandaient « Pourquoi le Brésil ? », un film pareil répond, par sa seule évidence.


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