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Playstation 3 : la fin de la domination

vendredi 23 mars 2007

  • jeux

La PS3, cheval de Troie de l’ère numerique

Avec sa nouvelle console ultrasophistiquée, Sony entend remporter des batailles technologiques cruciales, au-delà du jeu.

par Olivier Séguret

tags : PS3 , wii , xbox 360 , Sony

©Audoin Desforges

Sony, la marque japonaise la plus populaire dans le monde, a longtemps été aussi la firme d’électronique la plus rentable. Mais, dernièrement, plusieurs signaux se sont mis au rouge. A l’automne, le géant nippon a dû présenter des excuses publiques à propos des défauts constatés sur quelque 9 millions de batteries pour ordinateurs portables fournies à des fabricants tiers, le rappel du matériel défectueux lui coûtant plus de 400 millions d’euros. D’autre part, le lancement de la technologie Blu-Ray (nouveau standard de DVD haute définition) n’est intervenu qu’après de nombreux reports et se trouve compliqué par la concurrence du format HD-DVD que pilote Toshiba. Troisième obstacle sur la route de Sony, une enquête des autorités régulatrices américaines qui le soupçonne d’entente illicite sur les prix des microprocesseurs. Enfin, après avoir atteint des sommets, la capitalisation boursière de Sony a chuté jusqu’à ne plus représenter que la moitié à peine de celle de son plus féroce rival, le coréen Samsung... Cela fait beaucoup d’outrages pour une marque symbole qui est aussi l’orgueil high-tech de l’archipel.

C’est pourquoi Sony n’a pas le choix : le lancement, aujourd’hui en Europe, et la carrière de la PS3 doivent être un succès. Ce n’est pas seulement la division jeux du constructeur qui est placée en première ligne : sous la franchise PlayStation, c’est à l’ensemble de son schéma économique et industriel que la compagnie entend faire passer un nouveau cap. Certes, conserver la position dominante acquise par Sony dans le jeu vidéo fait partie des objectifs fixés au monolithe noir laqué comme un piano. Mais Howard Stringer, PDG de la multinationale depuis 2005 (et premier Anglo-Saxon à ce poste), en a précisé deux autres, tout aussi cruciaux à ses yeux : établir une place forte pour la marque dans le secteur émergent de la video on demand et, surtout, ensemencer avec la PS3 le marché du Blu-Ray, en comptant sur un effet analogue à celui constaté avec la PS2, qui a été pour beaucoup le premier accès à un lecteur DVD bon marché. S’agissant d’une console, le prix d’une PS3 est élevé, mais pour un lecteur haute déf, dont les premiers prix tournent autour de 800 euros, elle reste une bonne affaire.

La grande différence entre l’époque PS2, lancée en 2000, et celle dans laquelle débarque la PS3, c’est le contexte concurrentiel bien plus adverse qui prévaut désormais. Sony a réussi à placer plus de 100 millions de PS1 et plus de 120 millions de PS2 (qui continue à très bien se vendre) avec une vitesse et une facilité sans doute hors d’atteinte aujourd’hui. En face du système PlayStation, il y a désormais Microsoft et sa Xbox 360, déjà écoulée à plus de 10 millions d’exemplaires, ainsi que Nintendo et sa Wii, qui connaît un succès foudroyant.

Le marché des jeux vidéo appartient au modèle dit du rasoir Gillette : les constructeurs perdent de l’argent sur chaque console vendue (le « manche »), mais en gagnent sur chaque galette de jeu (les « lames », autrement dit le software). Vu les spécificités de la bête et ses coûts de fabrication, Sony perdra un peu plus d’argent que les autres, au moins pendant les deux premières années, jusqu’à ce que des améliorations dans la fabrication, des simplifications dans le design et l’accès à certains seuils en volume ne réduisent les coûts de la PS3. Sur tout le reste, c’est-à-dire les jeux, les accessoires et les services on-line, le groupe entend faire rapidement des profits... A condition, comme s’y est engagé Howard Stringer, de faire enfin fonctionner en harmonie ses trois divisions majeures : l’électronique grand public, la division jeux et celle des contenus. Concrètement, cela signifie que Sony ne peut plus se permettre de rater une marche cruciale, comme ce fut le cas avec l’iPod d’Apple.

Au-delà de l’apogée atteint par la PS3 et de la cohorte d’éblouissants jeux next-gen dont l’agenda des prochaines saisons sera encombré, le paradoxe d’une telle merveille techno comme de ses actuels compétiteurs, c’est que tout en repeignant le ciel des gamers d’un horizon radieux, ils dessinent la nouvelle limite qu’ils ont atteinte. Comme l’expliquait le président de Nintendo, Satoru Iwata, au moment du lancement de la Wii, « la course technologique pourrait s’avérer contre-productive pour le marché ». Considérant que l’industrie du jeu est arrivée à la croisée des chemins, Iwata-san juge que ses concurrents ont le grand tort de ne plus concevoir leurs produits qu’à destination des joueurs existants : « Ils négligent ainsi les non-joueurs, ce qui compromet la perspective d’une croissance à long terme. Nous devons tenter quelque chose de radical pour changer cette situation. » D’où le pari stratégique original lancé par Nintendo : ses consoles DS (de poche) et Wii (de salon) proposent chacune des spécifications inédites et hardies, susceptibles de faciliter l’accès au jeu des plus rétifs.

Il reste néanmoins un plafond conceptuel à briser dans cette course sans fin : comment abolir encore un peu plus les frontières de l’illusion et obtenir que l’immersion physique et sensorielle soit augmentée d’un nouvel et décisif échelon ? Deux compagnies californiennes, Emotiv Systems et NeuroSky, affirment détenir la réponse : en devenant bioniques ! Elles annoncent en tout cas avoir réussi à transplanter la technologie médicale de l’électro-encéphalographie dans le monde du jeu en inventant un « casque virtuel » avec électrodes, par lequel le joueur, débarrassé de manettes, pourra commander l’action à la seule puissance de son cerveau. Les gros acteurs du secteur sont aux aguets. On n’en est pas encore au génial « holodeck » de Star Trek, mais ce n’est pas de la science-fiction pour autant : si tout se passe bien, ces casques seront sur le marché dès l’an prochain.

Photo : Audoin Desforges



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  • La PS3, cheval de Troie de l’ère numerique

    25 avril 2007 15:12, par David

    Totalement d’accord avec Satoru Iwata, cela fait belle lurette que la course technologique prend le pas sur l’originalité et la créativité. On nous bourre le mou avec la puissance graphique des consoles next-gen, leur réalisme ...etc sans trop se préoccuper du simple plaisir de jouer.

    La durée de vie limitée des consoles et les investissements colossaux en terme de recherche, de fabrication et de promotion nécessite une rentabilité immédiate, du moins à court terme. Or, pour être sûr de ne pas se planter, le plus simple est encore de faire dans le recyclage... Quelles sont les nouveautés attendues sur la PS3 par ex ? Virtua Fighter 5, Call of Duty 3, Tony Hawk, Final Fantasy ... Des titres phares de la PS2, voire de la PS1 pour certains ! Des classiques qui s’écouleront comme des petits pains selon le schéma "j’y ai goûté, ça m’a plu, j’y retourne", ce qui, en soit, est tout à fait normal.

    Personnellement, cette approche-là ne fonctionne plus et pourtant, quand je sillonne les rayons de jeux, mon passé de 20 ans de hardcore gamer fait que j’ai du mal à garder la tête froide devant des titres sur lesquels j’ai passé des heures de plaisir. L’appel nostalgique des sirènes... parce que passées la fébrilité de l’ouverture du boîtier et les premières heures de jeu, il ne reste qu’un grand vide. Ok, c’est beau, ouaip ça tourne bien, mais le fun, l’originalité ... je cherche encore.

    Nintendo a malgré tout le mérite d’innover et de voir un peu plus loin que le bout de son pif : sa WII apporte une nouvelle dimension de jeu, plus ludique, moins tape-à-l’oeil (ses capacités graphiques ne sont pas révolutionnaires par exemple). On sent simplement que les gars se sont posés pour cogiter 5mn et se mettre à la place du joueur plutôt que de jouer la sécurité.

    J’ai tendance à croire que l’industrie du jeu vidéo se rapproche dangereusement du modèle cinématographique hollywoodien : gros investissements, prise de risque nulle, loi des séries et carton au box-office. Disons que c’est pas toujours désagréable, mais on a tendance à plus trouver trop de goût... En bref, je suis plutôt Utopia que Gaumont, vous l’aurez compris.

    • La PS3, cheval de Troie de l’ère numerique 27 juin 2007 15:01
      je rève, y’a un mec qu’a passé du temps a commenter l’article !

 

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