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lundi 28 novembre 2011 11:36

  • téléphone

La RATP veut émarger sur la 3G

par Catherine Maussion

tags : transports , 3G

Photo Pline, CC BY SA

Cinq millions d’usagers sont quotidiennement privés d’une connexion efficace à Internet. Leurs smartphones sont seulement bons à téléphoner. Cela se passe en sous-sol, dans le métro parisien. Au mieux, ils disposent du réseau Edge, loin du confort de la 3G. Même régime pour les 1,6 million de voyageurs qui empruntent les lignes A et B du RER, sur les tronçons exploités par la RATP. Ce n’est pas l’envie qui manque, pourtant, aux opérateurs. Mais le schéma retenu par la RATP pour apporter la 3G fait grincer des dents : réserver à un opérateur l’exclusivité pour déployer son réseau. Et donc, faire grimper les enchères en les mettant en compétition. La RATP s’apprête à lancer son appel d’offres. Selon nos informations, un courrier a été adressé aux quatre opérateurs (Orange, SFR, Bouygues et Free), le 5 octobre, un « appel à manifestation d’intérêt » les invitant à s’inscrire dans la procédure pour récupérer le dossier de candidature. Ceci pour « construire un réseau 3G dans les emprises souterraines de la RATP ». L’idée : la régie constituerait une société commune avec l’opérateur élu, à charge pour lui de poser ses équipements radio. Le réseau construit serait loué, sur le principe de l’itinérance. Et au passage, la RATP prélèverait sa dîme. Une sorte d’intéressement au chiffre d’affaires.

Les opérateurs avaient quinze jours pour réfléchir… Ils ont tous répondu présents. Mais l’ambiance n’y est pas. « Pourquoi ne pas retenir le schéma choisi il y a dix ans pour la 2G ? » interroge l’un d’entre eux. À l’époque, la RATP avait cofinancé avec les opérateurs l’antenne réceptionnant leurs fréquences 2G, et ces derniers avaient chacun déployé leurs baies radio. « Mais pourquoi s’interdirait-on douze ans plus tard de réfléchir à d’autres schémas ? rétorque Marie-Catherine Lecoufle, en charge du dossier à la RATP, alors que les techniques, les acteurs et les possibilités de montage ont évolué. » Précisément, s’il y a eu un changement, c’est bien la saturation des fréquences, notamment 3G. « Nous sommes comme la RATP ! Nous aussi, nos réseaux saturent », riposte un opérateur. Qui met au défi la régie d’assurer un service de qualité, en faisant écouler le trafic internet de plusieurs millions de voyageurs sur les fréquences radio d’un opérateur : « N’oubliez pas qu’à Paris, un usager du métro sur deux a un smartphone ! » Ce sera comme lorsqu’on passe une frontière : « La conversation initiée à l’extérieur du métro va forcément couper en changeant de réseau. »

Une autre critique porte sur la robustesse juridique du dispositif : « Cela va générer toutes sortes de contentieux », prévient un autre acteur. D’ailleurs, l’Arcep, le régulateur du secteur, a été alertée. En cause, la discrimination entre opérateurs puisque cela revient à interdire à tous, sauf un, l’accès à l’espace public. Soit « l’exemple même d’un schéma problématique sur le plan concurrentiel », alors que la RATP est déjà en situation de monopole sur son réseau.

Sans parler de la facture… Des discussions préliminaires à l’appel d’offres, qui se sont tenues pendant de longues semaines, il filtre que la régie a placé très haut le niveau de ses ambitions financières. Discrète sur les termes de son appel d’offres — la procédure est soumise à des engagements de confidentialité —, la RATP se défend de rançonner les opérateurs. Mais, s’agissant du domaine public, elle se dit fondée à percevoir une redevance pour son occupation. Et même plus encore : « Nos millions d’usagers apportent du chiffre d’affaires aux opérateurs. Cela a une valeur ! Il est normal que les transports publics en retirent quelque chose. » Défendant son schéma, la RATP argue qu’on ne peut pas laisser chacun faire n’importe quoi : « Ce qui nous importe, c’est de couvrir l’intégralité de notre domaine en 3G, et non de se retrouver avec 50 stations [sur 316 souterraines], où chacun aurait ses installations », conclut Marie-Christine Lecoufle.

Chez Free, on confirme le lancement de l’appel d’offres « dans les jours qui viennent ». Chez Bouygues, on s’interdit même de tout commentaire pour cette procédure publique en cours, précisant que « la RATP est en train de finaliser son montage » et que le cahier des charges devrait sortir « avant la fin de l’année ». Idem chez SFR où l’on ajoute : « Le sujet 3G est important pour nous et très attendu par nos abonnés. » Même attitude chez Orange qui se dit « pressé de trouver une solution pour répondre aux besoins des clients ». La RATP sait qu’elle a les opérateurs dans sa main…

 

Paru dans Libération du 26 novembre 2011


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