mardi 1er février 2011 16:31
« La Recherche », peu ou Proust
par Edouard Launet
tags : livre , littérature
DR
À la recherche du temps perdu d’après Marcel Proust
deux épisodes de 110 minutes réalisés par Nina Companeez
France 2, ce soir à 20 h 35 (suite et fin demain).
En contemplant ce naufrage aussi longtemps que sa patience le permettra, le téléspectateur se plaira à imaginer cette chose extraordinaire : Marcel Proust est encore vivant, et il a été embauché par Nina Companeez pour l’assister dans son adaptation de la Recherche. La réalisatrice, un feutre rouge à la main, sélectionne à gros traits quelques passages des quinze volumes de la NRF, avec à ses côtés l’auteur en pleine crise d’asthme. « Bon, Marcel, je crois que je vais faire l’impasse sur tout le Côté de chez Swann pour démarrer directos dans les Jeunes Filles en fleur, pas de problème coco ? » Proust, 140 ans, proche de l’asphyxie : « Ah gueu… » Companeez : « Alors ça roule. Bon, quelque part, pour rattraper, je ferai un petit travelling sur le Narrateur pour lui faire dire en off : "A Combray, le Côté de Guermantes et le Côté de chez Swann semblaient ne pas appartenir au même monde, ou un truc comme ça. Ça te va, mon Marcello ? » Proust : « Aargh… ah gueu… » Companeez, tournant les pages quatre à quatre : « Ouh la la, mon salaud, mais tu as fait superchiant dans le Temps retrouvé ! Je vais condenser un max. » Proust : « Sglurp… » Companeez, à la cantonade : « On peut aller chercher un médecin ? Le vieux est en train de clamser. » Porter à l’écran À la Recherche du temps perdu apparaissait à Nina Companeez — comme à la plupart des personnes sensées — un projet « fou, voire irréalisable ». Jusqu’au jour où un téléspectateur lui a écrit « qu’il ne voyait qu’[elle] pour [s]’attaquer à cette œuvre monumentale ». Ne jamais écouter les flatteurs ! Car le résultat est un grand film comique, ce qui n’a rien de sacrilège puisque la Recherche est également, en partie du moins, un grand livre comique. Hélas, il semble que le comique de Companeez soit involontaire, sinon le film eût pu être beaucoup plus drôle encore. Le pire que l’on puisse faire avec la Recherche, c’est la réduire à son squelette narratif, y ajouter moult voix off et faire jusqu’au vertige des travellings dans la crinoline des jeunes filles en fleurs et des salons du faubourg Saint-Germain. Or, c’est précisément ce qu’il nous est donné de voir. Plus douloureux : le Narrateur (Micha Lescot) est devant la caméra un personnage d’une pénible niaiserie, qui ne volerait pas une paire de tartes à chaque plan. Didier Sandre en baron de Charlus et Dominique Blanc en Madame Verdurin sont beaucoup plus supportables. Bande-annonce : Paru dans Libération du 1 février 2011
Il y a 5 réactions à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager TweetSur les mêmes thèmes:


