samedi 28 octobre 2006 20:05
La VOD en avance rapide
Lente à démarrer, la vidéo à la demande se développe depuis quelques mois à rythme accéléré.
CCC.P.Storm
Lente à démarrer, la vidéo à la demande se développe depuis quelques mois à rythme accéléré. L’essor de ce nouveau marché, susceptible de bouleverser les modes d’exploitation traditionnels du film, interpelle les lobbys du cinéma. Ce samedi à Dijon, aux rencontres de l’ARP (Auteurs Réalisateurs Producteurs), le sujet a été au cœur des débats. Le point avec Philippe Bailly, directeur associé de NPA conseil associé à l’institut CSA dans la mise en place de l’observatoire de la VOD. Où en est la VOD en France ?
Il y a déjà des évolutions économiques qui se dégagent ?
Il y a aussi de la VOD pirate ?
Elle se développe intensément, à l’initiative non seulement des opérateurs traditionnels de l’audiovisuel mais aussi de groupes appartenant au secteur des télécoms ou de l’internet. Il existe maintenant vingt-cinq plateformes, et plus de 3300 programmes disponibles, dont plus d’un millier de films cinéma. Toutes les majors et toutes les sociétés de cinéma françaises, pratiquement, ont passé des accords de commercialisation de leurs films en VOD... sauf UGC et MK2. Du côté des utilisateurs, près de deux millions d’achats VOD ont été effectués au cours du premier semestre. En août 18 % des Français, interrogés sur ce qu’ils savaient de la VOD, déclaraient en avoir au moins entendu parler. Même si le nombre des utilisateurs effectifs est encore minime (1 % des abonnés internet haut débit, 5 % de ceux qui ont la TV par ADSL), c’est déjà beaucoup…
En France le fonctionnement de la VOD a été encadré par un accord interprofessionnel qui prévoit que les films n’y sont accessibles que 33 semaines après leur sortie en salles, et donc environ un mois et demi après leur mise sur DVD. Mais il n’y a pas de règle concernant les autres programmes (séries TV, etc...), qui sont bien plus nombreux. Et là on constate deux phénomènes : l’accélération de la diffusion en VOD (que les éditeurs ont tendance à mettre sur le même pied, en termes de délais de sortie que les DVD) et une forte pression vers l’instauration de modèles de diffusion gratuite. C’est comme ça que TF1 en a usé pour le Maître du Zodiaque cet été. Concernant les films, l’accord interprofessionnel exclut en principe la gratuité, mais la plateforme de TPS met le premier film à… 0,49 euros ! A l’étranger, on voit bien ces modèles progresser. Il y a aussi des modulations de la politique tarifaire, suivant que le film sera visionnable une seule fois, ou pour une durée de 24 heures, ou de 48 heures. Sur Chanel five, en Grande Bretagne, le prix « normal » d’une fiction en VOD sera de 1,49 livre, mais, moyennant 2,49 livres, on pourra l’obtenir une semaine, voire deux semaines, avant sa diffusion TV.
Il y a des sites de « vidéo sharing » tels DailyMotion, MySpace, ou YouTube (qui vient d’être racheté 1,6 milliard de dollars par Google). Ces sites se financent par la publicité et sont gratuits pour les utilisateurs. Ils permettent à n’importe qui de « charger » sur leur plateforme des clips ou des vidéos, éventuellement piratés, qui deviennent aussitôt accessibles pour tous les internautes. C’est plus facile que par le P2P, et c’est moins risqué pour l’utilisateur, parce que le visionnage ne laisse pas de trace sur le disque dur. DailyMotion a déjà mis en circulation, de cette façon, la troisième saison de Lost, que TF1 ne diffusera que l’été prochain. C’est illicite, mais les plateformes déclinent toute responsabilité directe, en se bornant à inviter les ayants droit à leur signaler, le cas échéant, les programmes qui seraient à bloquer. Et ces sites sont tellement fréquentés (YouTube envoie 100 millions de vidéos par jour), que, plutôt que d’engager des poursuites, les détenteurs de catalogues (surtout musicaux pour le moment) cherchent actuellement à négocier avec eux des formes de rémunération indexées sur leurs recettes publicitaires.
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