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vendredi 29 février 2008 18:16

  • internet

La banque suisse et le domaine de la censure

par Sébastien Delahaye

tags : site , liberté d’expression , justice , censure , WikiLeaks

Depuis mars 2007, le site web Wikileaks diffuse sur le web des informations confidentielles sur des entreprises ou des gouverments. Le site, qui garantit un anonymat complet à ses sources via un système de cryptographie à plusieurs niveaux, a ainsi mis en ligne, entre autres, des documents de la Northern Bank (une banque britannique en faillite), a révélé en août dernier des pratiques de corruption massive au Kenya et a diffusé en novembre 2007 le Guide des Procédures du camp Delta de Guantánamo, où l’armée américaine explique comment contourner la Convention de Genève... Mais après la diffusion d’informations secrètes (et à l’authenticité pourtant douteuse) sur la banque suisse Julius Baer, Wikileaks subit une forme de censure : son nom de domaine, principale porte d’accès au site, a été tout simplement supprimé.

Le 13 janvier, Wikileaks publie une série de documents expliquant comment (et dans quels paradis fiscaux) la banque suisse investirait les fonds de ses riches clients. Malgré les doutes exprimés par Wikileaks sur la véracité des affirmations contenues dans les documents, les avocats de la banque Julius Baer menacent le site deux jours plus tard, exigeant le retrait total des documents. Une série de courriers « d’avertissement » suivront, avant que la banque ne porte plainte contre le site et contre Dynadot, le registrar (une entreprise chargée de faire correspondre un nom de domaine avec la machine qui héberge en réalité le site) de l’adresse wikileaks.org.

Le 14 février, le juge fédéral Jeffrey White ordonne la destruction du nom de domaine wikileaks.org, qui permet d’accéder à Wikileaks, afin de rendre le site inaccessible. Car dans le mois qui s’est écoulé entre la plainte et le jugement, la banque Julius Baer a négocié un arrangement avec Dynadot. Si le registrar acceptait de détruire le domaine, la banque convenait de lever sa plainte. Wikileaks était en revanche exclu de l’arrangement, afin que la plainte ne concerne désormais plus que le site.

Depuis deux semaines, l’accès à Wikileaks se fait donc en passant par des adresses alternatives, comme wikileaks.be. Blogs et médias anglophones se sont emparés de l’affaire, et le New York Times s’est même fendu d’un éditorial accusant la décision du juge d’avoir « violé la liberté d’expression ». Craignant le pire, la banque a diffusé un communiqué de presse, expliquant « n’avoir jamais voulu la fermeture du site ». « Des mensonges », selon Wikileaks, dont la réponse précise et argumentée est renforcée par la diffusion de sa correspondance avec les avocats de la banque. L’agitation semble avoir fait réfléchir le juge Jeffrey White, qui tient une nouvelle audience aujourd’hui : dans un document adressé aux avocats des deux parties, ils se demande si la destruction du domaine wikileaks.org n’était pas une mesure excessive. Si un retour sur cette décision reste possible, le procès est de toute façon déjà un échec pour la banque : l’affaire a, comme souvent, démultiplié la propagation des documents et des informations, qui auraient pu passer complètement inaperçus dans des circonstances normales. D’autant que, contrairement aux exigences de la banque, Wikileaks n’a absolument pas supprimé les documents concernant la Julius Baer Bank.


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