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mercredi 23 janvier 2008 15:58

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La belle fleur de Shinoda

par Edouard Waintrop

tags : cinéma d’auteur , cinéphilie , Japon , le coin du cinéphile

« Fleur pâle ». DR

Fleur pâle, de Masuhiro Shinoda (1964), avec Ryo Ikebe, Mariko Kaga, Takashi Fujiki, Wild Side, les Introuvables, 95 minutes, noir et blanc dans le coffret Shinoda, 45 euros.

Kawaita Hana, la Fleur pâle, passe pour le plus beau film de Masuhiro Shinoda. Ce film de yakusa sentimental est en effet superbe. Il tient du cinéma de Jean-Pierre Melville pour le hiératisme du style et de celui de Valerio Zurlini pour l’élégance et les portraits qu’il trace de ces déclassés que sont les joueurs dévorés par leur vice et aussi les tueurs japonais. Surtout ceux qui, comme Muraki, anti-héros de ce film, sont nostalgiques pour l’ancien ordre des choses.

Quand ce Muraki, chef tueur d’un clan, sort de trois ans de prison, c’est pour apprendre que ceux qu’il a combattus et qui lui ont valu sa condamnation, sont devenus ses alliés. La concentration des gangs est la seule solution pour affronter la concurrence lui explique son patron. Il a du mal à surmonter son dégoût. Et s’en va jouer dans un de ces innombrables tripots clandestins, qui ouvrent à Tokyo. Il y rencontre une jeune femme étrange qui se fait nommer Saeko, une séductrice complètement avalée par sa passion du jeu. Muraki en tombe amoureux et la pilote dans cet univers caché jusqu’à la faire accéder à la crème des salles clandestines. Sans savoir qui elle est vraiment.

Ce film, adapté d’un roman de Shintaro Ishihara, écrivain, ami de Mishima et futur politicien xénophobe, est un petit bijou. Qui passe, avec une élégance rare, celle qui nous fait justement penser à Zurlini, d’un ton à un autre (en général tragique quand même), d’une nuit sombre et effrayante (la course de Muraki après un tueur lanceur de poignards est un sommet) à des réunions diurnes de yakusas alcoolisés.

Avec son visage un peu bouffi, ses cheveux coiffés en banane, son regard aussi lourd que sa démarche, Ryo Ikebe fait merveille dans le rôle de Muraki. Il joue du contraste entre la sagesse qu’exprime tout son corps et l’amour que lui inspire Saeko. Face à ce destin, il manifeste un fatalisme rare. Certain que quoi qu’il arrive, nous ne sommes au fond que les jouets de celui-ci. Ce destin de Murako est, d’après Shinoda lui-même dans une interview que nous offre le bonus, une métaphore de la situation du Japon dans les années 60, coincé entre les Etats-Unis, son encombrant allié, et la Russie soviétique, son redoutable voisin.

Parce qu’il montrait trop précisément les us et coutumes des maisons de jeu clandestines, le film eut, à sa sortie, des problèmes avec la censure. Shinoda s’en sortit et il put tourner ensuite Assassinat, avec tous les moyens dont il avait besoin.


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