mardi 3 octobre 2006 16:32
La bombe de glace sèche
par Bruno Icher
tag : vidéo
Une bouteille était là - DR
Les sites de vidéo collaboratifs, parmi lesquels les ténors YouTube, GoogleVideo et DailyMotion, sont des phénomènes de société. Ce sont surtout les observatoires les plus pointus de toute l’oisiveté du monde et de l’énergie déployée par chacun face à son propre ennemi intérieur : l’ennui.
Il serait hasardeux d’affirmer que les sites réservoirs de vidéos incitent les gens à faire des conneries. Qu’ils se filment en les accomplissant ne fait pas l’ombre d’un doute mais n’en commetaient-ils pas avant l’invention des YouTube, Dailymotion et compagnie ? Pour autant, tout observateur attentif de ces sites réservoirs aura noté une certaine tendance à l’escalade nihiliste ascendant JackAss. Ainsi, depuis quelques temps, certaines activités ludiques témoignent d’un goût développé pour la chose explosive. Ainsi, après avoir salopé trottoirs et jolies pelouses de leur environnement pavillonnaire avec la combinaison Diet Coke + Mentos, nombre de jeunes oisifs américains ont passé la vitesse supérieure avec la version dite « missile de croisière ». Le
principe est un peu plus délicat puisqu’il s’agit de fixer les fameuses friandises à l’intérieur du bouchon de sorte que la réaction chimique se produise « après » la fermeture de la bouteille. A l’intérieur du récipient, une pression comparable aux grands fonds marins se développe et il ne suffit plus qu’à jeter le tout violemment au sol pour que la bouteille se transforme en une ogive puissante mais, hélas, incontrôlable. Un autre dispositif gagne de jour en jour davantage de popularité sur le Net : la Dry Ice Bomb. Le mode d’emploi : une bouteille en plastique remplie aux 4/5e d’eau, une bonne cuillèrée à soupe de glace chimique (« dry ice ») et, hop, on ferme le bouchon à double tour. La pression déforme la bouteille puis la fait voler en éclats.
Quelques exemples de ce hobby montre comment passer d’inoubliables dimanches après-midis, ici, là,
ou encore là. Seul hic, le temps de réaction imprévisible. Généralement, l’explosion est rapide, à peine quelques secondes. Parfois c’est plus long. Poussés par cette impatience que l’on croise chez les grands scientifiques, certains artificiers amateurs tentent de récupérer leur bombe à retardement. Et c’est évidemment au moment où leur main se referme sur la bouteille que cette dernière choisit d’exploser, avec des conséquences plus ou moins grave. Cette étrange matière, dégageant une fumée aussi fascinante qu’inquiétante, inspire décidément les bricoleurs puisque, dans un autre film, une joyeuse bande d’étudiants montre comment transformer une bête piscine en un mini lac fantastique bouillonnant d’un épais brouillard qu’on croirait issu d’une nouvelle de Lovecraft. C’est idiot mais superbe. Pour en finir avec cette « glace sèche », elle peut également servir de combustible à une arme de fortune, variante du Patator (lire la chronique). Or, détail qui prend ces jours-ci une connotation de très mauvais goût, cet engin est connu sous le sobriquet Amish Cannon, cruelle coincidence après l’atroce massacre qui a eu lieu dans une école de
Pennsylvannie. La référence aux Amish, communauté pacifique vivant dans le scrupuleux respect des commandements de Dieu (du moins, ceux du XVIIe
siècle), rappelle que, même dans un dénuement à peu près total, on peut quand même s’amuser. Et ce ne sont pas ces deux adolescents qui ont eu la
bonne idée de remplir de butane des ballons de baudruche avant d’y mettre le feu, qui diront le contraire.
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