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mardi 21 juin 2011 10:10

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La bonne bourre de « Duke Nukem »

par Olivier Séguret

tag : Moi jeux

Le Duke - DR

La critique, unanimement, mondialement, fait la même grimace. Mais est-il juste de soumettre Duke Nukem Forever à un regard critique pur et dur ? On a pu dire de ce titre qu’il était « le plus attendu de l’histoire des jeux vidéo ». Notion purement quantitative qui renvoie aux quinze années qu’a duré son « développement ». Maintes fois abandonnée, revendue, plantée, annulée, ressuscitée, la licence Duke Nukem n’en formera pas moins, pour l’éternité de ces petites choses-là, une borne gigantesque dans l’histoire du jeu. Oui, une borne bien phallique, un colossal gourdin, qui a laissé une empreinte bien profonde sur le pays des jeux vidéo, à un âge où sa terre était encore tendre. Et il n’y a pas de quoi en rougir.

Le Duke, c’est le monument que les jeux vidéo se sont choisis pour signaler le territoire immense de la catégorie qu’il incarne. Pas seulement le FPS (jeu de tir subjectif), devenu le genre roi du commerce sur PC et consoles, et qu’il a largement contribué, avec Doom, à populariser. Ce dont le Duke est l’emblème, c’est l’adolescence masculine et l’énergie hormonale monstrueuse qui l’alimente. Depuis 1996, Monsieur « Atomise-les tous » (« Nuke them ») écrase absolument tous les concurrents dans ce rôle, peut-être le plus difficile de tous : gagner la complicité totale, rieuse et engagée, flattée et excitée, du jeune mâle contemporain, auquel il offre le plus amical et ironique exutoire : Duke Nukem, c’est la fierté du bourrin. Rien d’étonnant, pour le coup, dans le fait qu’une large part de ce transfert symbolique soit alimenté par de l’énergie sexuelle. Le Duke est porno, bestial et plouc avec les femmes. Il gagne notamment des pipes (suggérées) au fil des boss et des niveaux. Mais c’est surtout avec ses mots qu’il envoie la purée.

Le vrai test de Duke Nukem Forever, il vaut mieux le soumettre à ceux auxquels il s’adresse. Les orfèvres en débourrage de jeux bourrins, tous les jeunes gourdineurs impatients qui perlent des gouttes de testostérone en prenant le Duke entre leurs mains. La première chose qu’ils remarquent, c’est la voix de Daniel Beretta, doubleur officiel d’Arnold/Terminator en France. La seconde, c’est cette restriction castratrice : Duke n’a plus droit qu’à deux armes à la fois. Oui, bien sûr, naturellement… de très gros calibre.

Paru dans Libération du 20 juin 2011


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