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lundi 3 octobre 2011 16:22

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La bourse ou la vie du robot trader

par Bruno Icher

tags : économie , art numérique , robotique

On peut suivre en ligne les performances du robot boursicoteur

La prise du pouvoir des machines sur les humains est un thème classique de la science-fiction. Et, en général, ce n’est pas une bonne nouvelle pour l’avenir de l’humanité. En jouant sur le schéma mythique de l’ordinateur géant qui dirige le monde, le collectif RYBN a inventé un robot baptisé ADM 8 dont la raison d’être est identique à celle d’un trader. La chose bourrée d’algorithmes a été conçue pour intervenir sur les marchés asiatique, américain et européen. Il vend et achète des actions sans la moindre intervention humaine. Flippant ? Pas forcément.

Sans entrer dans la partie technique, le petit monstre analyse les flux financiers en temps réel, enregistre les variations des actions disponibles et établit un diagnostic sur les meilleurs investissements qu’il peut réaliser. Tout le système de décision d’ADM 8 se résume donc aux choix qui se présentent sur chaque action disponible, s’achevant invariablement par une alternative : le robot achète ou vend. Lancé dans le grand bain de la finance mondiale le 16 septembre, ADM 8 a été doté d’une somme rondelette pour l’expérience : 8 279 euros, fournis avec l’appui de quelques sponsors.

Installé au Zentrum für Kunst und Medientechnologie de Karlsruhe, en Allemagne, musée et centre de recherches orienté sur l’art numérique, ADM 8 se débrouille plutôt bien, on peut même suivre ses performances en temps réel. Mais là n’est pas la question. Le but de cette expérience ne consiste pas à rendre riches ses créateurs ou ceux qui ont fourni la mise de départ. Car ADM 8 est condamné, à plus ou moins long terme, à la banqueroute. Pour faire simple, la seule condition de l’existence du robot, c’est l’argent dont il dispose. Tant qu’il en a encore dans ses caisses, il fait ce pour quoi il a été créé : acheter ou vendre. La grande idée, c’est que lorsqu’il n’y a plus d’argent, il cesse toute activité.

 

 

Expliqué de cette manière, la mission confiée à ADM 8 semble un brin simpliste tant elle relève de l’évidence. Sauf qu’il s’agit de se rappeler que la majorité des crises et autres catastrophes financières sont le fruit d’une instabilité humaine chronique. Car, à la différence du robot, nos amis traders ne s’arrêtent jamais, surtout s’ils n’ont plus d’argent en caisse. C’est même le mécanisme principal de l’emballement des crises au cœur de l’actualité depuis des mois.

Ce robot est donc vertueux et tout à fait fiable. Il est, pour le collectif qui l’a imaginé, « la réunion des théories développées par Karl Marx dans le Capital et "la main invisible" d’Adam Smith », concept que l’on pourrait résumer par l’harmonisation naturelle des intérêts de chacun. ADM 8 est la réalisation la plus récente du programme de recherches de RYBN, Anti Data Mining. Le data mining est, pour les grands acteurs économiques, l’ensemble des techniques visant à rassembler d’immenses bases de données numériques puis à les analyser dans le but d’optimiser leurs activités. L’exemple le plus simple est celui des plates-formes de vente d’objets culturels, genre Amazon, qui archivent les achats de chaque client afin de lui proposer d’autres produits, statistiquement susceptibles de lui plaire.

Le programme Anti Data Mining veut utiliser ainsi les mêmes protocoles de collecte des données, puis les soumettre à des algorithmes, mais dans un autre but que celui de s’enrichir : « Le projet vise à faire émerger, à visualiser et à prédire des phénomènes de déséquilibres socio-économiques », affirme la profession de foi sur le site du collectif.

Pour en revenir au gentil robot boursicoteur, tous ses codes sources sont à disposition pour quiconque souhaiterait mener la même expérience, « exclusivement à des fins non commerciales », précise le collectif qui connaît manifestement aussi bien ses robots que les humains.

 

Paru dans Libération du 1 octobre 2011


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