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mercredi 15 juillet 2009 17:48

  • cinéma

La cage au fauve

La vie de Michael Peterson, alias Charles Bronson, Hercule de cirque devenu le détenu le plus récalcitrant d’Angleterre, vue par le réalisateur danois Nicolas Winding Refn.

par Bruno Icher

tag : violence

Are you Big Moustache ? - DR

Bronson, de Nicolas Winding Refn avec Tom Hardy, Matt King, James Lance… 1 h 32.

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D’abord, les faits. En 1974, un jeune Britannique solidement agité, Michael Peterson, braque un bureau de poste au moyen d’un fusil de chasse à canon scié. L’argent n’est pas son unique motivation, ce qui tombe bien puisque le butin s’élève à la somme considérable de 25,18 livres sterling. Ce que désire par-dessus tout ce robuste gaillard de 22 ans, c’est la célébrité. Au cours de sa courte vie d’adulte, il a tenté de se faire une place au soleil en exerçant la profession d’Hercule de cirque ambulant puis de boxeur à mains nues, délicieuse tradition de l’East End londonien, sous le nom plus viril de Charles Bronson. En vain. En embrassant la carrière de gangster, il pense que son heure est enfin venue. Or, à ce stade de la réflexion, il est arrêté, jugé et jeté en prison lesté d’une peine de sept ans. Et c’est là qu’il découvre sa vocation  : il sera le détenu le plus dangereux d’Angleterre.

Que Bronson soit inspiré d’une histoire vraie, aussi rocambolesque soit-elle, n’a que peu d’importance. Que la vie de Michael Peterson, alias Charles Bronson, toujours en prison après trente-cinq années (dont trente en isolement) de révoltes et de bagarres, soit un enchaînement ahurissant de malchance, de folie et de douleur, ne fait pas la chair du film. Elle est le prétexte saisi par Nicolas Winding Refn, réalisateur danois auteur de la trilogie Pusher, pour signer un film stupéfiant sur la liberté inaliénable, sur la sauvagerie tapie au fond de chacun d’entre nous et sur le mythe de la rébellion sans cause, mythe auquel il réserve une superbe cure de jouvence.

Car Bronson, incarné par un Tom Hardy visité, est avant tout une masse sombre de muscles et d’os. Un corps indomptable auquel les autorités pénitentiaires peuvent faire subir n’importe quel traitement sans jamais pouvoir l’empêcher de se régénérer. Une sorte de machine infernale qui saigne, hurle, souffre, cogne, fait des gestes obscènes et ricane, mais qui finit toujours par se relever pour poursuivre son œuvre de destruction systématique.

Selon le vrai Bronson, qui a écrit des livres devenus phénomènes de librairie au Royaume-Uni, il faisait 2 500 pompes par jour pour se maintenir en forme. Impressionnant, mais pas autant que la détermination péremptoire et non négociable du Bronson de Winding Refn qui renvoie, dans un sourire sanguinolent, la société à sa propre impuissance.

Pour autant, le cinéaste ne s’arrête pas en si bon chemin. De mutineries mises en échec en contention psychiatrique, la sauvagerie de son personnage, qui reste en taule pour punir ceux qui l’y ont jeté, se transforme en une esthétique barbare. Parfois, l’Orange mécanique de Kubrick n’est pas loin. Lynch non plus, notamment dans les interventions oniriques et clownesques de Bronson commentant sa propre vie.

En revanche, il n’appartient à personne d’autre que Winding Refn la sidération que provoque l’une des dernières scènes du film, lorsque Bronson prend en otage un professeur de la prison et le barbouille pour le transformer en installation surréaliste. Dans une ultime bravade, il se peint le corps en noir et se jette dans la plus féroce et la plus magnifique de ses batailles perdues d’avance. Couvert de plaies dans sa cellule de fauve, Bronson, intouchable et fascinant, est notre monstre intérieur. Notre noirceur dissimulée qu’il est agréable d’imaginer, parfois, laisser sortir de sa cage.

Publié dans Libération du 15 juillet 2009


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