Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 22 octobre 2008 12:08

  • télévision

La caméra à cache-clash

Télé. Première ce soir du magazine « les Infiltrés » sur France 2, soit une plongée in situ dans une maison de retraite.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : journalisme , France Télévisions

David Pujadas anime un débat en présence de la secrétaire d’Etat à la Solidarité, Valérie Létard (2e à g.). Photo B. Barbereau. F2

C’est un thriller. La journaliste, vêtue d’un blouson de cuir, est face à un miroir quand shazam : la photo passe en négatif et voilà notre reporter désormais habillée d’une blouse blanche. « Quelque part sur une route de province », dit-elle en voix off, plantant le décor de son polar, elle s’équipe d’une « microcaméra » tandis qu’« à bord d’un véhicule aux vitres teintées, le reste de [s]on équipe se positionne discrètement en face de la maison de retraite ».

C’est ce soir à 22 h 30 que France 2 programme le premier numéro des Infiltrés, une enquête en caméra cachée sur une maison de retraite dont la diffusion est suivie d’un débat présenté par David Pujadas (1).

Depuis quelques semaines, l’affaire fait grand bruit  : un journaliste doit-il se dissimuler pour aller à la pêche aux infos ? Dans le débat sur l’usage des caméras cachées, certains n’hésitent pas à brandir la charte des devoirs des journalistes français, adoptée en 1918, qui interdit « d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information... »

La pratique de la caméra cachée ou du stylo dissimulé n’est pas nouvelle : c’était le matériau des enquêtes de l’Allemand Günter Wallraff ou le journalisme gonzo à la Hunter S. Thompson, pratiqué en France par Actuel. A la télé, l’usage est courant quand il ponctue un reportage, mais un sujet tourné entièrement en caméra cachée est plutôt rare. En 1995, France 2 diffusait le premier –et le dernier– numéro de la Preuve par l’image, un magazine conçu par Stéphane Courbit et Arthur totalement tourné en caméra cachée mais qui s’est révélé être totalement bidonné !

Cette fois, la Deux s’est attaché les services de l’agence Capa, réputée pour son travail plutôt sérieux, et ceux de David Pujadas pour prendre de la distance dans un débat. « Le principe de l’infiltration n’est pas nouveau, explique Laurent Richard, rédacteur en chef de l’émission, ce qui est nouveau c’est qu’on assume le principe pour certains sujets, des sujets de société où l’enquête est difficile. Jamais on n’aurait su comment se passe un soin dans une maison de retraite avec une vraie caméra. »

Et ce qu’on y voit, et que verront ce soir les téléspectateurs, est dégueulasse. Un sentiment renforcé par le gros grain de l’image vidéo, par le floutage, par les « biiip » intempestifs. La journaliste, dont on ne connaît que le prénom, Carole, se fait embaucher en tant qu’aide-soignante stagiaire dans une maison de retraite publique dont on ne saura jamais le nom et qui découvrira ce soir lors de la diffusion qu’elle a été « infiltrée ». Lors du plateau qui suit le reportage, Valérie Létard, secrétaire d’état à la Solidarité, demande à David Pujadas de lui donner le nom de l’établissement, ce qu’il refuse.

Voilà donc Carole dans une maison de retraite, aux prises avec des personnes âgées souvent grabataires : « N’étant ni formée, ni expérimentée, je me suis fixé dès le départ les limites de mon infiltration : ne jamais prendre le risque de mettre en danger un résident par un geste inapproprié. » Pourtant, dès les premières minutes, elle doit laver une résidente que rudoie une aide-soignante. Des vieux abandonnés nus, un personnel rare et débordé, des soins inadaptés, une hygiène douteuse et un homme qui meurt, faute d’avoir été soigné à temps.

Les images cachées sont évidemment dures à supporter. « L’infirmière que je suis aujourd’hui est en colère contre ses collègues », dit Carole au cours de son infiltration. Et Carole la journaliste, est-elle fière d’elle ? Car au final, plus que la caméra cachée, c’est la mise en scène de la journaliste elle-même qui dérange. Du spectaculaire qui, ajouté aux images qui ne le sont pas moins, fait détourner le regard.

(1) Les Infiltrés se pencheront ensuite sur le travail au noir puis sur la presse people.


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

journalisme - De la BFMisation de la télévision

France Télévisions - France 3 rage à contre-courant

article précédent
L’Asic sur le plan 2012 : « Besson a compris qu’Internet n’est pas une vache à lait »
article suivant
Foire d’empoigne autour de Fårö


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Raphaël Garrigos
  • écrire à Isabelle Roberts
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Des «irrégularités» au sein de la section PS de Liévin
  • Bourdes ministérielles, la (première) compil'
  • Quel acteur a vu sa carrière décoller grâce à «Thelma et Louise» ?
  • Québec : près de 700 manifestants arrêtés dans la nuit
  • Angry Birds prend son envol social
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008