Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

jeudi 10 juin 2010 12:03

  • cinéma

La caméra explore le son

par Stéphanie Binet

tags : musique , festival

Tha Carter - DR

Fimer la musique
jusqu’à dimanche, au Point éphémère (75010) et Mk2 Quai de Seine (75019)
Rens : Filmerlamusique.com

La scène est saisissante, troublante. Lil Wayne, rappeur de La Nouvelle-Orléans et star planétaire depuis qu’il a vendu en une semaine un million de copies de son album Tha Carter III, est en studio. La lumière est faible et la caméra d’Adam Bhala Lough ne quitte pas son visage tatoué de petites phrases comme « I am music » ou de signes, une larme au coin de l’œil. Devant un parterre de potes, Lil Wayne raconte, comme dans un de ses raps hardcores, son dépucelage à 11 ans. Lui parle de viol, car c’est comme ça du moins que le gamin l’a vécu. Les adultes de son label, Cash Money, avaient demandé à une groupie de lui tailler une pipe. Cette initiation précoce a ensuite conduit Lil Wayne, lutin maigrichon et sec, à avoir son premier enfant à 15 ans. Il se lance alors dans sa carrière de musicien, stakhanoviste du rap, enregistrant des centaines de morceaux dans son bus ou ses chambres d’hôtel, soutenu par une équipe qui lui fournit tout afin qu’il reste « the best rapper alive ».

Produit par un des fils de Quincy Jones, Tha Carter, présenté jeudi, est l’événement de la 4e édition de Filmer la musique, et celui qui résume le mieux l’esprit du festival qui, avec une programmation contemporaine et moderne, dépoussière le genre, alternant interviews posées et séquences de concerts filmés. « Généralement, les films autour d’un artiste sont lisses, formatés, contrôlés par la maison de disques, résume Olivier Forest, programmateur du festival. Là, Tha Carter montre les choses telles qu’elles sont. » Adam Bhala Lough, déjà auteur d’un documentaire sur Lee Scratch Perry, a passé un an en tournée avec Lil Wayne, 25 ans. L’équipe du rappeur lui a permis de tout filmer, mais Wayne n’a jamais accordé de véritable entretien, alors Bhala Lough se fait espion, enregistrant les interviews des journalistes qui assurent la promo à Amsterdam. Ils font raconter au rappeur comment il s’est blessé en se tirant dessus par erreur. Un critique musical, un poil trop insistant, se fait virer parce qu’il veut lui faire parler de poésie et de jazz de La Nouvelle-Orléans. Le réalisateur filme le rappeur dans sa chambre d’hôtel luxueuse, montrant sa seule arme : son micro, sur lequel il improvise dès qu’il a cinq minutes. Alors que ses raps sont truffés de scènes érotiques, Lil Wayne avoue qu’il n’a pas le temps pour le sexe. Son seul plaisir, l’absorption quotidienne du Styrofoam Syrup, un sirop à la codéine, mélangé dans des bouteilles de soda. En permanence dans un état second, loin de son image de sex-symbol, Lil Wayne fait peur, jusqu’à son management qui a interdit la commercialisation du film après sa projection à Sundance.

  Bande-annonce de Tha Carter

Il y en a un qui n’a aucune difficulté à montrer ses compagnes et ses dix enfants, c’est Catra, le héros du film d’Andreas Johnsen Mr Catra, the Faithfull, sur le baile funk, mouvement musical des favelas de Rio. À 36 ans, Wagner « Catra » est une voix de cette musique interdite par la police brésilienne car elle raconte le quotidien des gangs, faisant allégeance aux trafiquants de la ville. Le réalisateur danois débute son film par deux gamins qui détournent l’électricité des lignes à haute tension pour alimenter une sono dont les enceintes sont installées dans une favela. La musique est saturée, assourdissante. Johnsen ne s’embarrasse pas d’ingénieur du son, il filme au plus près ces courants underground. Le meilleur de ses trois films présentés au festival est certainement celui sur les pistes de danse jamaïcaines à Kingston, Man Ooman. Son documentaire décrypte la violence des rapports homme/femme au travers du dancehall et, par là, la dureté de cette société caribéenne. Dans la rue, lors des soirées hebdomadaires Dutty Fridaze, dans les compétitions Dancehall Queen, garçons et filles miment des scènes quasi pornographiques, donnant des noms à ces danses qui, pour le novice, ressemblent davantage à des combats.

Autre moment fort de la programmation, la sélection de trois films du fondateur du label anglais Soul Jazz, Stuart Baker, qui animera aussi vendredi la soirée DJ « Rude Boy Day ». En plus de fournir un film sur Sun Ra et sur le No Wave new-yorkais, l’Anglais sort de ses archives Babylon de Franco Rosso, tourné en 1980, montrant la confrontation entre la vieille Angleterre et les habitants de ses anciennes colonies antillaises. Ce formidable document d’époque a pour principale musique sa langue, le patois jamaïcain, et le dub des sound-systems. Traversée d’infrabasses, Londres est dure, violente, proche des émeutes de Kingston. Trente ans plus tard, les œuvres présentées à Filmer la musique montrent la même chose : des artistes aux prises avec la violence de leur environnement.

Paru dans Libération du 9 juin 2010

Sur le même sujet :

Filmer la musique : les sons du futur (8/6/2010)


Il y a 0 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

musique - Un coup de Moog

festival - Vimeo célèbre la création vidéo

article précédent
Se libérer du porno
article suivant
Perse qu’il le vaut bien


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Stéphanie Binet
  • réactions (0)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Des «irrégularités» au sein de la section PS de Liévin
  • Bourdes ministérielles, la (première) compil'
  • Quel acteur a vu sa carrière décoller grâce à «Thelma et Louise» ?
  • Québec : près de 700 manifestants arrêtés dans la nuit
  • Angry Birds prend son envol social
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008