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lundi 11 janvier 2010 16:19

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Eric Petrotto : « La carte musique-jeunes, ça ne fonctionnera pas »

par Camille Caldini

tags : musique , téléchargement

Eric Petrotto est le président de cd1d.com, une fédération de labels indépendants qui regroupe 126 labels et plus de 1000 artistes. En mai 2009, dans une lettre ouverte aux députés, il s’était prononcé contre le projet de loi Hadopi. Les propositions du rapport « Création et internet » de la commission Zelnick (lire l’article) le laissent sceptique.

Quelle a été votre réaction à la lecture du rapport Zelnik concernant la musique ?
C’est un projet timide élaboré trop rapidement et sans consulter les petits labels indépendants. Il faut plus que quelques mois pour réfléchir et décider de l’avenir de la création en France. Quelques-unes des propositions frisent l’absurde, comme la « taxe Google » par exemple. Je ne comprends toujours pas pourquoi on ne taxe pas les fournisseurs d’accès. Et puis le débat porte sur l’offre numérique légale, alors que c’est la diversité musicale qui est en jeu.

Que retenez-vous de ce rapport ?
Le support physique, CD et vinyle confondus, est absent du débat. Pour moi, il s’agit d’une radicalisation d’un processus en cours : on accélère la disparition du physique au profit du numérique. Pourtant, le disque constitue encore, pour les 126 labels de cd1d.com, plus de 70% des ventes en 2009. Si les CD doivent disparaître, il faut les accompagner. Cette erreur a déjà été commise avec les disques vinyles. D’un coup, il a fallu acheter un lecteur CD et la platine vinyle était bonne pour la casse. Depuis quelques années, le vinyle revient quand même. C’est bien le signe de l’importance du support physique.

Et la « carte musique-jeunes » subventionnée pour moitié par l’Etat ?
Ça ne fonctionnera pas. C’est insuffisant pour empêcher le téléchargement illégal, qui est encore si facile. De plus, cette carte me fait penser aux cartes de téléphonie mobile. Vous imaginez un ado demander à sa mère « Tu peux m’acheter une carte pour télécharger de la musique légalement » ? Il s’agit là de consommation plus que d’accès à la culture. Je trouverais plus logique d’inclure une offre de téléchargement gratuit dans une sorte de « carte culture » qui existe déjà dans plusieurs région. Cette carte, prise en charge par le Conseil régional, donne accès à des séances de cinéma gratuites ou à prix réduits, à des concerts. Cela éviterait de mettre à part l’achat de disques.

Comment inciter les jeunes à acheter des disques ?
En accompagnant les enfants dans les médiathèques par exemple. Un abonnement à la médiathèque ne coûte pas très cher et permet d’ouvrir sa curiosité à de nouveaux artistes. Ça ne casse pas l’acte d’achat. Il faudrait aussi sensibiliser les jeunes à la nécessité d’un commerce équitable de la culture. Je ne suis absolument pas réfractaire au numérique, qui peut apporter une vraie plus-value au CD. Certains labels proposent déjà des « bonus numériques » avec l’achat de disques. Des titres gratuits, du contenu vidéo téléchargeable, des documents (flash, pdf) autour de l’univers des artistes. Ces initiatives sont pour l’instant bloquées par iTunes car elles font sortir l’internaute de son cadre.

Vous avez reproché à Hadopi d’éluder la question de la rémunération des artistes, qu’en est-il cette fois-ci ?
On ne se pose toujours pas cette question fondamentale de la rémunération et de la liberté des artistes. De plus en plus, les majors du disques fonctionnent « à 360° » en contrôlant toute la chaîne, de la création à la réception par le public. Je vais être un peu dur, mais ce système ressemble à celui des maisons closes. Elles gèrent la production, les tournées et l’édition (l’utilisation d’un titre dans une publicité par exemple) de leurs artistes. Ces derniers n’ont donc pas toujours leur mot à dire quant à leur choix de diffusion. Quelques majors achètent même des salles de spectacles dans lesquels jouent uniquement leurs groupes. Ce circuit fermé n’aide pas la création. Certains artistes sont devenus des marionnettes pour les grandes maisons de disques.

A lire également :
- La « Carte jeune » en musique


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