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mardi 8 mars 2011 11:06

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La conquête des espaces

par Marie Lechner

tags : art numérique , iPhone , réalité augmentée

Tank Man, en Chine - DR

Vendredi 25 février, à 20 h 15 GMT+1, le bureau ovale de la Maison blanche et le Pentagone ont été infiltrés en toute discrétion par deux ballons d’hélium sur lesquels s’affichaient des messages adressés à Barack Obama, que chacun pouvait envoyer en direct via Twitter (#whitehouseinfiltration). Des ballons qui ont échappé aux services d’ordre (et sans doute aussi au président américain).

 

De fait, seules les personnes sur place, équipées d’un smartphone et d’une application spécifique, ont pu voir sur leur écran ces ballons virtuels flotter dans l’espace physique. L’opération Infiltr.ar était orchestrée depuis Amsterdam par les artistes américain Mark Swarek et néerlandais Sander Veenhof, qui recourent à la réalité augmentée (RA), une technologie qui permet de surimposer des éléments virtuels sur le territoire.

Le duo a déjà fait parler de lui en octobre, en organisant une exposition au Moma de New York, à l’insu de celui-ci. Pour voir les œuvres additionnelles disséminées dans le musée, et accéder à cette réalité augmentée subliminale, il fallait au préalable télécharger, gratuitement, Layar sur son iPhone ou Android. L’application propose les différents contenus accessibles dans votre périmètre. Le téléphone sachant où vous vous situez (grâce au GPS) et dans quelle direction vous regardez (grâce à la boussole), se connecte au Net pour afficher sur l’écran les objets 3D, vidéos ou sons géolocalisés, en surimpression de la vue offerte par la caméra vidéo.

DR

La plateforme Layar, créée par une firme néerlandaise, permet à quiconque de créer ses propres expériences de RA, du service immobilier ou touristique, à l’intervention artistique dans l’espace public. Un groupe d’artistes a choisi d’occuper cet entre-deux, cette « substratosphère » entre online et offline telle qu’ils la qualifient, posant des images fantomatiques ou déployant des architectures imaginaires sur le monde réel. Ces tagueurs d’espaces ont ainsi installé sur la place Tiananmen une version virtuelle de la statue de la déesse de la démocratie, érigée par les étudiants en 1989, ainsi qu’une reproduction 3D de Tank Man, ce Chinois seul face aux chars qui apparaît dans le cadre du smartphone. La statue de la démocratie a également été implantée place Tahrir au Caire. Autre mémorial, celui destiné aux 50 000 victimes du conflit en Irak, américaines et irakiennes, symbolisées par une myriade de cercueils flottants déployés à Washington DC, ou ces squelettes disposés le long de la frontière américano-mexicaine, aux endroits où des restes de migrants ont été retrouvés.

A Paris, ce sont des fûts de rebuts toxiques que John Craig Freeman a entassés près de Beaubourg, de la tour Eiffel et du Louvre, déversant sa décharge dans les pays carburant à l’atome.

DR

Ces actions sont, pour l’instant, limitées techniquement à des images statiques s’alignant avec la topographie urbaine. Mais le médium laisse entrevoir de nouvelles manières d’infester et remodeler la réalité qui nous entoure. « L’art RA défie la gravité, il est caché et doit être trouvé. Il est instable et inconstant. Il est et devient, réel et immatériel », écrivent les artistes qui préparent l’invasion de la prochaine biennale de Venise.

Paru dans Libération du 05/03/2011


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