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mardi 29 avril 2008 15:14

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Que cherchez-vous ? « La construction du marché de la musique en ligne »

Jean Samuel Beuscart, socio-économiste à l’université Paris-Est, explique son domaine de recherche.

par Olivier Rescanière

tags : musique , économie

Jean-Samuel Beuscart est chercheur au laboratoire Techniques, territoires et sociétés, (CNRS-Ecole nationale des ponts et chaussées- université de Marne-la-Vallée).

Mon domaine de recherche porte sur la construction du marché de la musique en ligne. J’analyse son organisation et les bouleversements qu’il engendre dans l’économie traditionnelle de la musique. En ce moment, je travaille spécifiquement sur l’émergence des artistes autoproduits. Avec Internet, l’offre musicale en ligne est aujourd’hui considérable et permet au plus grand nombre d’étendre sans limite sa culture musicale. Mais force est de constater que la plupart des gens n’achètent pas pour autant plus de musique. Les achats de musique sur Internet suivent encore le modèle des 80-20, très classique dans l’économie des biens culturels : 80 % du chiffre d’affaire se fait sur 20 % du catalogue. Ainsi, les grandes stars continuent de faire l’essentiel des ventes.

En revanche, le développement de nouveaux moyens de médiations comme le peer to peer ou MySpace est un véritable tremplin pour de nombreux artistes autoproduits qui n’étaient même pas référencés en magasin. Ils trouvent ainsi un espace de promotion et donc une audience, même s’ils ne vendent pas. C’est en fait pour les artistes de niveau intermédiaire que l’économie de la musique en ligne est plutôt défavorable, et cela pose la question de l’avenir de la vocation artistique. Si l’autoproduction devient un modèle alors les carrières musicales pourraient être totalement bouleversées. Les artistes réaliseraient un ou deux albums puis retourneraient dans l’anonymat, faute de pouvoir réellement vivre de leur activité. Le fameux quart d’heure de gloire pour tous prédit par Wharol marquerait aussi la précarisation du statut d’artiste professionnel. Certains économistes prédisaient en 1999 une augmentation formidable des profits pour l’industrie musicale grâce à l’émergence d’Internet. A ce jour, aucune start-up de musique en ligne n’assure de revenus importants et durables aux artistes. Les ventes de CD ont chuté de 50 % depuis 2002 et les ventes en ligne sont loin de compenser cette perte.

Pour faire face, l’industrie musicale est à présent obligée de repenser son modèle économique. Dans un contrat type, les producteurs empochent une grande partie des revenus sur la vente des disques et les artistes se rémunèrent plutôt sur les concerts. Or, si la vente de CD baisse inexorablement, on observe une hausse régulière de la fréquentation des concerts. Les maisons de disque veulent donc compenser leurs pertes en renégociant les contrats pour augmenter leur rémunération sur les concerts, bousculant ainsi des règles de répartition jusque-là bien établies.


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