jeudi 25 janvier 2007 08:45
La famille Ingalls convertie par l’islam
Montréal correspondance
Il fallait oser s’y coller. Les Canadiens l’ont fait, avec brio. Depuis trois semaines, la chaîne anglophone CBC diffuse une comédie narrant les mésaventures d’une petite communauté musulmane installée au coeur des prairies canadiennes, dans la ville rurale et fictive de Mercy, située dans la province bien réelle de Saskatchewan. S’inspirant du titre de la série culte des années 80 la Petite Maison dans la prairie, Zarqa Nawaz, la conceptrice de The Little Mosque on the Prairie, a voulu raconter avec humour le quotidien d’immigrés musulmans qui cherchent à vivre en harmonie avec des voisins chez qui ils suscitent la méfiance. Parmi les protagonistes, on retrouve Amaar, un jeune avocat d’origine pakistanaise qui décide de quitter la mégalopole torontoise pour remplacer le tourmenté imam de la communauté islamique de Mercy. Il y a aussi Yasir, un entrepreneur canado-libanais très arrangeant avec l’application des lois du Coran, dont la fille Rayyan, une étudiante féministe, porte le voile ; ou encore Baber, un professeur d’économie qui se pose en défenseur de la foi et qui tolère tout... à condition que cela soit dans le respect des traditions. La série nous plonge dans le quotidien de tous ces personnages, et décrit avec humour et réalisme leurs relations avec le reste de la population. C’est la première fois depuis les attentats du 11 septembre 2001 qu’une série comique se donne pour mission de rire des immigrés musulmans et de dénoncer les préjugés dont ils sont la cible. La Petite Mosquée aborde avec légèreté des sujets sérieux tels la crainte du terrorisme, la discrimination envers les femmes ou le fondamentalisme religieux. Les scènes sont hilarantes. Comme celle opposant Baber à sa fille adolescente, habillée, selon lui, de façon trop sexy. « Tu as l’air d’une protestante », lance-t-il. « Tu veux dire prostituée ? » réplique l’adolescente. « Non, non, protestante », rétorque le père.
Protestante, comme la plupart des habitants de Mercy... Amaar, le jeune imam, expérimente quant à lui la possibilité pour un musulman de prendre un billet d’avion aller-simple dans un monde post-11 Septembre. En pleine conversation téléphonique avec sa mère, Amaar explique que ce n’est pas un « suicide » et qu’il « planifie ça depuis des mois » : il est immédiatement arrêté. « Ça », bien sûr, c’était son départ pour Mercy. La conceptrice de la série, Zarqa Nawaz, 38 ans, est la mère de quatre enfants et porte le hijab. Elle a puisé son inspiration dans ses propres expériences. Née à Liverpool, en Grande-Bretagne, et élevée à Toronto, elle s’est installée à Regina, la capitale de la province de Saskatchewan, il y a dix ans. Après avoir été journaliste radio faute de pouvoir intégrer une école de médecine en raison de sa pratique religieuse et du port du voile , elle se lance en 1996 dans la réalisation de courts métrages comiques avec en toile de fond la religion musulmane. Devenue en quelques années l’icône d’un islam moderne et ouvert sur le monde, Zarqa Nawaz estime que la sitcom est tout sauf une satire politique. « Ce feuilleton est avant tout une illustration de la vie de tous les jours, explique-t-elle. Depuis le 11 septembre 2001, la seule image des musulmans que nous avons est celle offerte par les médias qui les présentent dans des situations conflictuelles. J’ai voulu parler de la réalité de 99 % d’entre nous : nous faisons et nous disons des choses drôles et amusantes. Nous sommes capables de nous moquer de nous-mêmes et notre principale préoccupation consiste à vivre en harmonie avec notre famille, avec nos amis et dans la société. J’espère que, à travers les rires, une petite lumière éclairera la lanterne de ceux des téléspectateurs qui ont des préjugés. »
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