mercredi 27 février 2008 08:13
La fibre optique cherche son réseau européen
La France accuse un retard, avec moins de 50 000 abonnés à l’Internet à très haut débit.
tag : fibre optique
Peut-on parler d’un retard français dans la fibre optique ? Au sein d’une Europe qui aurait elle-même décroché ? Aujourd’hui s’ouvre à Paris le FTTH (Fiber to the Home Council), une sorte de sommet européen de la fibre, c’est-à-dire de l’Internet à très haut débit. Il rassemble tous les acteurs du secteur. Autour d’une question : quelle est la recette pour faire décoller le très haut débit ? Disons plutôt que le Japon est en avance. Le nombre des abonnés à la fibre optique - près de 11 millions fin 2007 - vient d’y dépasser ceux de l’ADSL. Et il grossit au rythme de 190 000 par mois. Les Etats-Unis ont aussi bien démarré, avec près de deux millions d’abonnés fin 2007. L’Idate, un institut spécialisé dans les télécoms, s’est livré à un recensement très précis qu’il présentera demain. On compte en Europe autour d’un million d’abonnés (pour près de 5 millions de foyers éligibles), soit moitié moins d’abonnés qu’aux Etats-Unis. Cinq pays ont fait une percée sur la fibre. Dans l’ordre, la Suède, l’Italie, la Norvège, les Pays-Bas et le Danemark. Ils totalisent, selon l’Idate, 86 % des abonnés. Pas de quoi s’alarmer. Et la France ?
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Elle est au tout début du processus. L’Idate recense un demi-million de logements raccordés. Free mène la danse (241 000) devant Orange (146 000) et Neuf (120 000) ; les abonnés se résument à quelques dizaines de milliers (autour de 43 000). Mais, ce ne serait pas un problème : « Nous avons l’ADSL en France, et dans sa version la plus performante : le triple play [téléphone, télévision, Internet, ndlr] », pondère Stéphane Lelux, le patron de Tactis, un consultant en télécoms. Et de mettre plutôt en garde : « L’important ce n’est pas d’aller vite, mais plutôt de réfléchir à comment on avance. » Parce que « ce serait dangereux de se précipiter en choisissant le mauvais modèle ». Et de prendre l’exemple de l’ADSL : lanterne rouge de l’Union européenne avec 1 million d’abonnés en 2002, et aujourd’hui au premier rang pour son triple play bon marché, avec 15 millions d’abonnés.
On est encore dans le défrichage. Ce sont les électriciens et les collectivités publiques qui se sont lancés les premiers en Europe, note l’Idate. Mais le relais est pris de façon vigoureuse par les opérateurs télécoms. Les cinq opérateurs privés, leaders en Europe, cumulent déjà 50 % des abonnés à la fibre. Interrogation aussi sur les technologies. En France, par exemple, Numericable arrête sa fibre au pied de l’immeuble. D’autres choisissent la fibre de bout en bout (Free) ou des solutions intermédiaires. Tous assurent des débits jusqu’à 100 mégabits par seconde. Mais, explique Stéphane Lelux, « tous n’ont pas le même potentiel ».
Roland Montagne, de l’Idate, est assez optimiste. « C’est le seul pays où tous les acteurs du haut débit ont décidé d’investir dans la fibre. » Autre espoir : « Les discussions pour partager les investissements entre les acteurs sont bien enclenchées. » D’autres observateurs sont plus réservés sur ce schéma. « Il faut faire attention à ne pas recréer de monopoles, voire même un oligopole à trois, prévient Stéphane Lelux. L’initiative privée ne saurait suffire. Elle pourrait même se traduire par des surinvestissements et n’assurera jamais « une couverture homogène ». Sauf peut-être à Paris. Et encore. Et de prôner l’intervention des collectivités publiques.
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