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mardi 1er février 2011 10:50

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La fiction britannique sans faux-pas au Fipa

par Isabelle Hanne

tags : série , Fipa , Royaume-Uni , BBC

Produite par la BBC, « Five daughters » a reçu le prix du meilleur scénario.

« God bless the BBC. » C’était jeudi dernier, à Biarritz, lors d’un focus sur la fiction britannique du Festival international de programmes audiovisuels (Fipa), qui dresse chaque année l’inventaire du meilleur de la télé mondiale. La phrase est prononcée par Francis Hopkinson, un grand producteur britannique, anciennement responsable de la fiction sur Channel 4, qui dirige aujourd’hui Left Bank Pictures. Troisième pays le plus représenté dans la sélection de ce 24e Fipa, après la France et l’Allemagne, le Royaume-Uni peut continuer à s’enorgueillir de ses dramas, unitaires ou séries. « La fiction britannique est un mythe pour nous », sourit Olivier Mille, le président du Fipa, en introduction à cette conférence.

La British telly, populaire et exigeante, influencée par l’immense tradition dramatique du pays, est un média noble outre-Manche. « En Grande-Bretagne, il n’y a pas de hiérarchie comme en France, où l’on considère encore que la télé est un art mineur comparé au théâtre et au cinéma », précise Philippe Pilard, auteur, réalisateur et spécialiste de l’audiovisuel britannique.

Entre poésie, cadavres, notes de frais et domestiques en livrée, sélection des meilleures fictions britanniques présentées au Fipa cette année.

The Song of Lunch. DR

Preuve de la porosité des frontières entre cinéma et télévision outre-Manche, The Song of Lunch, moyen métrage diffusé par la BBC Two en automne dernier, met en scène deux figures du 7e art mondial, Emma Thompson et Alan Rickman (grand comédien de théâtre, connu pour son rôle de Severus Snape dans les Harry Potter). The Song of Lunch est une adaptation à l’écran du poème en prose du même nom de Christopher Reid : l’histoire des retrouvailles, lors d’un déjeuner dans un restaurant où ils avaient leurs habitudes, de deux anciens amants, quinze ans après leur rupture. La voix off — grave et rocailleuse, celle d’Alan Rickman — lit et joue le texte de Reid. Pas un mot de plus : même les dialogues sont ceux du poème. Un drôle d’exercice, équilibriste et lyrique, pour parler du temps qui passe, des difficultés de communiquer, de la nostalgie maladive. Le tout avec un admirable travail sur les sons et leur perception, et un très joli duo d’interprètes.

Downton Abbey. DR

Avec une narration beaucoup plus classique, la série Downton Abbey, diffusée depuis septembre dernier sur ITV1, a remporté un beau succès d’audience (près de 10 millions de téléspectateurs pour l’épisode final de la saison). Créée par Julian Fellowes, scénariste oscarisé pour Gosford Park, la série ressemble justement au film de Robert Altman. Ce costume drama raconte l’histoire de deux mondes cohabitant dans une somptueuse demeure victorienne, Downton Abbey : les domestiques d’un côté, les lords, la famille Crawley, de l’autre. Le tout juste avant la Première Guerre mondiale, dans une société dont les lignes commencent subtilement à bouger. Où il commence à être question du droit de vote pour les femmes, du droit de chacun à disposer de sa condition, et pourquoi pas, de la possibilité de prendre l’ascenseur social.

Five Daughters. DR

Autre série britannique, Five Daughters, produite et diffusée sur la BBC, raconte en trois épisodes un fait divers sordide qu’a connu en 2006 la région d’Ipswich : le meurtre de cinq jeunes femmes, camées et prostituées. La mini-série a remporté samedi au Fipa le prix du meilleur scénario, mis au point en partie grâce aux témoignages des proches des victimes. Magnifiquement interprété, solidement réalisé, la série est lugubre comme un polar de David Peace.

On Expenses. DR

Pour On Expenses, là non plus la Beeb n’a pas hésité à saisir à bras-le-corps, mais avec un tout autre ton, l’histoire récente et honteuse du Royaume : celle du scandale des notes de frais des députés britanniques. Une journaliste américaine découvre que, grâce au Freedom of Information Act, elle peut forcer le Parlement britannique à dévoiler les dépenses de ses membres. On y apprend qu’avec l’argent du contribuable, Untel a fait nettoyer les douves de son château. Réalisé par Simon Cellan Jones (Boardwalk Empire, Treme), le film met en valeur une télé capable de se retourner sans rougir, sans complaisance, sur son actualité.

Le Fipa a également été l’occasion de présenter la première série coproduite par la BBC et « Eftivi », alias France Télévisions. Intitulée Death in Paradise, la série, dont le tournage doit débuter en avril prochain, raconte l’histoire d’un flic britannique allergique au soleil et aux baignades, forcé de partir enquêter sur la mort d’un collègue en Guadeloupe. Espérons que la télé publique française en a profité pour prendre des notes.

Paru dans Libération du 31 janvier 2011


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