jeudi 23 novembre 2006 11:52
La geexploitation fait le buzz
La bande-annonce du futur documentaire « Suck my geek » fait un carton sur le net en présentant les geeks sous un jour enthousiaste.
par Erwan Cario
tags : séries , documentaire , vidéo , bande dessinée , bande-annonce , science-fiction , geek , univers persistants , communauté , buzz
Les geeks ont la parole dans « Suck my geek » - DR
L’aventure commence en février 2006. Xavier Sayanoff, qui travaille depuis quatre ans dans une société de production de DVD de karaoké, et Tristan Schulmann, jeune réalisateur de courts-métrage (« Crimes et déguisements », 2001), décident de s’attaquer à un territoire vierge du monde documentaire : les geeks. Pour pouvoir vendre leur projet « Suck my geek » (attention, jeu de mot facile à comprendre même pour des non-anglophones), ils réalisent une bande-annonce avec des volontaires glanés sur les forums du site de Mad Movies. Elle est bouclée en juin, mais c’est avant tout un film de promotion auprès d’éventuels diffuseurs. En septembre, cependant, un de leurs amis diffuse la vidéo sur le site de partage Youtube et le site suckmygeek.com voit le jour. En presque quatre minutes, la bande-annonce parcoure les références de la culture geek (comics, cinéma, jeux de rôle, jeux vidéo, séries, etc.) avec humour et rythme. Les geeks interrogés, eux, enchaînent les phrases à fort potentiel culte : « On peut très bien être féminine et poutrer du zombie dans God of War. », « Se faire mordre par une araignée mutante, ça peut arriver à tout le monde », « on va passer sur les hobbits qui s’enculent, et cætera… ». Résultat, la vidéo fait le tour des forums de discussion et dépasse les 70 000 visites. Un score impressionnant pour une vidéo en français. Le début d’un buzz ? « Dès les premiers jours, on a été impressionné par le succès de la vidéo, se rappelle Tristan Schulmann. Mais c’est le sujet lui-même qui génère le buzz. Et sans doute le fait de donner un visage enthousiaste et créatif à la culture geek. La communauté est plutôt habituée aux clichés réducteurs. » Les deux réalisateurs se considèrent comme « geeks modérés », ce qui leur permet un certain recul par rapport à leur sujet. « L’énorme vivier de références communes et l’existence d’innombrables codes que le public a du mal à comprendre sont des pièges redoutables, constate Xavier Sayanoff. On ne veut pas faire un documentaire sur les geeks, par et pour les geeks. » Ce qui rend le sujet d’autant plus intéressant : « Le cinéma de Peter Jackson et de Tarantino ont ouvert la culture geek au monde entier et Internet leur a permis de former des communautés. Et comme la culture geek est aussi basée sur l’envie de partager et de transmettre ses passions -parfois à outrance-, ces communautés sont captivantes. » Xavier Sayanoff et Tristan Schulmann sont aujourd’hui intarissables sur le sujet. Et on regrette vite d’avoir demandé si le mouvement geek est aujourd’hui devenu « hype » : « c’est pratiquement antinomique ! On ne décide pas d’être geek, c’est viscéral. » Et un geek est avant tout un assoiffé de savoir. « L’érudition des geeks sur les univers, mythologiques, fantastiques ou technologiques vient avant tout de la recherche du plaisir. Pour eux, une activité n’est épanouissante et jouissive qu’avec un bagage de connaissances et une maîtrise des tenants et des aboutissants. Ils ont une volonté d’investigation au quotidien et une vision globale que les "intellectuels" n’ont pas. Encore moins les victimes du hype. » Aujourd’hui, les geeks sont donc sortis des réserves traditionnelles (comics, jeux vidéo, heroic fantasy, mangas) pour investir des pans culturels plus grand public. Avec le cinéma, bien sûr (Le seigneur des anneaux, Hellboy, Shaun of the dead), mais aussi des séries comme Spaced, Rome, My name is Earl ou plus récemment Heroes. Pas grand-chose, en revanche, du côté de la production française. « Sauf, bien sûr, Alexandre Astier qui fait un carton avec Kaamelot, corrige Tristan Schulmann. Son univers ultra-référencé n’a pas du tout empêché le public d’accrocher. Au contraire. On peut aussi citer Alain Chabat, qui a toujours été proche de ces univers. » Les geeks se seraient-ils donc intégrés à la société moderne ? « Tout à fait, répond Xavier Sayanoff. Ils n’ont d’ailleurs jamais revendiqué l’aspect underground, ils s’attachent beaucoup plus à la nouveauté et à la cohérence des univers parallèles qu’ils affectionnent. Mais ils ont aujourd’hui transformé leur inadaptation en vivier d’aptitude. » Le documentaire, aujourd’hui produit par Empreinte Digitale, n’a pas encore officiellement de diffuseur, mais les négociations sont en bonne voie. Le documentaire final n’utilisera pas grand-chose de la bande-annonce mais devrait conserver l’angle général. Pas encore de date de diffusion, évidemment, mais Xavier Sayanoff et Tristan Schulmann espèrent bien voir leur « Suck my geek » sur le petit écran au deuxième semestre 2007.
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