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mercredi 12 mars 2008 11:50

  • internet

La grande moisson des données privées

par Astrid Girardeau

tags : publicité , vie privée , étude

CC splorp

L’incroyable collecte des données privées sur Internet a depuis quelques temps perdu son parfum de scandale. Même si elle interroge encore les pouvoirs (Bruxelles et l’acquisition de DoubleClick par Google) ou fait réagir les utilisateurs quand elle dépasse certaines limites (Facebook et son Beacon). Pourtant, la nouvelle étude sur le sujet menée par ComScore pour le New York Times fait parler d’elle en révélant par exemple que Yahoo récolte 811 informations sur chaque internaute qui visite un de ses sites. Menée en décembre 2007 sur le trafic des sites des quinze géants américains du net (Yahoo !, Google, Microsoft, etc.), l’étude montre à quel point ces sociétés traquent nos usages. Le but : toujours mieux cibler les campagnes publicitaires.

ComScore a donc mesuré le nombre de fois, sur une période d’un mois, où les données d’un internaute (« data transmission events ») sont collectées à son insu, alors qu’il fait une recherche, un achat, regarde une vidéo, etc. A eux seuls, Yahoo, Google, Microsoft, AOL et MySpace ont enregistrés au moins 336 milliards de transmissions de données. Yahoo arrive en tête de liste. Sur un mois, le site a récupéré 2520 données uniques en moyenne par visiteur, soit un total de plus de 110 milliards de transmissions. Des chiffres qui expliqueraient, entre autres, pourquoi Microsoft est prêt à débourser 44 milliards d’euros pour mettre la main sur la société. Beaucoup de contrats visent en fait ces données », explique David Verklin, directeur général de l’agence publicitaire Carat Americas.

Derrière suivent Myspace (1229), AOL (610) et Google (578). Selon le New York Times, ces données aujourd’hui dirigent le marché de la publicité. Les publicitaires auraient en effet tendance à délaisser les critères de mesure traditionnels (nombre de pages vues, nombre de visites, etc.) pour leur préférer des informations précises sur les intérêts et habitudes des internautes. « Tout le monde pense que si nous pouvons obtenir plus de données, nous pourrons mettre des publicités juste en face des gens que ça intéresse explique David Verklin. Tout se résume à ça : mettre des publicités de nourriture pour chiens devant des gens qui ont des chiens. »

« Les informations transmises peuvent inclure le code postal, une recherche aussi bien sur des informations pour les vacances que sur des potins de stars, un achat de médicaments sous ordonnance ou autres choses intimes... » explique Louise Story, l’auteur de l’article, qui sur son blog, précise que toutes ces données ne sont pas utiles, et ne peuvent pas être utilisés pour traquer des individus. Certes, mais même après un écrémage, il reste un nombre d’informations suffisamment pertinentes — surtout celles issues des requêtes — pour permettre ce pourquoi elles sont récoltées : obtenir un ciblage très précis et séduire les annonceurs.

Par ailleurs l’étude ne tient pas compte des informations données volontairement par l’utilisateur, ni surtout celle récupérées par les régies publicitaires comme DoubleClick ou Atlas. Ce qui alourdirait encore le chiffre, sachant qu’une régie comme Atlas exploite 6 milliards de publicités par jour. C’est d’ailleurs ce qui a motivé la mobilisation de groupes de consommateurs, comme Electronic Privacy Information Center (EPIC) et Center for Digital Democracy (CDD), contre l’acquisition de DoubleClick par Google, craignant le regroupement de leurs données. Ce sera finalement chose faite, puisqu’après la FTC, la Commission Européenne a donné hier à Google son feu vert.


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