lundi 29 décembre 2008 15:33
La high-tech japonaise perd le fil
A l’image du géant Sony, qui supprime 8 000 emplois, le secteur traverse une crise sans précédent au Japon.
par Michel Temman
tag : économie
Bornes de jeux Playstation 3, à Leipzig. Rudoyé par la concurrence et la crise, Sony doit également gérer les ventes décevantes de sa nouvelle console. Photo Arnd Wiegmann. Reuters
Tokyo, de notre correspondant
Sur un carrefour prisé de Ginza, quartier huppé de Tokyo, des Japonais glissent sagement sur un long passage piéton, avant de pousser les portes tournantes du Sony Building, vitrine futuriste et showroom du groupe fondé il y a cinquante-huit ans. Dans un petit hall rouge et noir, une hôtesse en uniforme bleu marine interpelle les clients potentiels. « Découvrez la technologie dernier cri du Bravia ZX1, son écran plat de 40 pouces ; son épaisseur n’atteint pas 10 millimètres, le plus fin du monde... » Sony (synthèse du latin sonus, le son, et de l’expression d’après-guerre sunny boy, qui désignait à l’époque un esprit libre et novateur) est resté fidèle à ses produits phares. Sauf que l’actualité du fabricant du téléviseur Trinitron (1968), du Walkman (1979), du chien-robot Aibo (1999) ou de la PlayStation (1994) et des PC Vaio, s’avère, ces temps-ci, ternie. Dommage collatéral de la crise « sans précédent » que connaît le Japon, selon le gouvernement, le pionnier nippon vient en effet d’annoncer un vaste plan de restructuration censé lui faire économiser 830 millions d’euros. Résultat : il va supprimer 8 000 emplois (sur 160 000). Le groupe vient de fermer son usine de bandes magnétiques en France (à Dax) et se prépare dans la douleur à une réduction de 30 % de ses investissements l’an prochain (notamment en Europe). Cadors traditionnels de leur secteur, les rivaux japonais de Sony, maîtres de la puce, de l’informatique, des télécoms ou des écrans plats, vacillent eux aussi, déstabilisés par une concurrence étrangère, surtout asiatique, beaucoup plus agressive. « C’est très simple, résume Jacques Colleau, consultant Asie et Japon en électronique. Depuis des années, le Japon constate, quasi impuissant, le grignotage incessant de ses parts de marché par ses voisins coréens et chinois dans le domaine des technologies B2C [de professionnels à consommateurs, ndlr] ». Le voici par exemple distancé dans les écrans plats par la Corée du Sud, nouveau champion incontesté, avec ses leaders mondiaux Samsung –auquel Sony a été contraint de s’associer– et LG allié au néerlandais Philips. Malgré son savoir-faire dans les écrans plats, un fleuron japonais comme Sharp souffre. Autre exemple frappant, celui de la télévision sur téléphones mobiles, devenue possible au Japon... trois ans après la Corée du Sud. « Quant à la Chine, assure Jacques Colleau, elle rattrape son retard dans bon nombre de niches de pointe, comme les nanotechnologies, à un rythme souvent très impressionnant. Les élèves ne sauraient tarder à dépasser le maître. » Ce n’est pas tout. L’effondrement de la demande mondiale dans les composants et l’électronique grand public (micro-ordinateurs et téléphones portables surtout) et la forte et récente hausse du yen (face au dollar et à l’euro) pénalisent gravement la compétitivité et les exportations des industriels électroniques nippons soudain contraints, comme les douze constructeurs automobiles japonais, de stopper carrément la production ou de licencier en masse. La production industrielle du Japon s’est effondrée de 8,1 % en novembre par rapport à octobre, soit le pire recul enregistré depuis cinquante-cinq ans, et affiche un repli de 16 % sur un an. Le pays a essuyé un déficit commercial de 1,8 milliard d’euros, le deuxième d’affilée, en raison de la chute abyssale des exportations vers les Etats-Unis, l’Europe et la Chine. Hitachi (premier ou second fabricant d’électronique grand public selon les niches au Japon) et Toshiba (premier fabricant nippon de semi-conducteurs), qui avaient déjà supprimé 20 000 emplois chacun entre 2002 et 2004, s’apprêtent à licencier de nouveau. Idem au sein des pionniers Nec et Fujitsu, contraints à de nouvelles réductions d’effectifs. L’électronique japonaise n’en finit pas de tomber de son piédestal. Paru dans Libération du 29 décembre 2008
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