La « musique sociale » de Net_dérive
par Marie Lechner
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Net_dérive explore de nouvelles manières de faire de la musique à plusieurs en errant dans la ville, un dispositif de « musique sociale » recourant au téléphone portable, à la géolocalisation et au réseau sans fil. Le prototype était présenté les 6 et 7 octobre à La Maison Rouge àl’occasion du symposium et de l’exposition organisés pour les 10 ans du laboratoire parisien en sciences informatiques de Sony.
Dans le quartier de Bastille, aux abords du port de l’Arsenal, ou dans les rues adjacentes de la fondation La Maison Rouge, erraient vendredi dernier des promeneurs, écouteurs sur les oreilles, munis d’une étrange écharpe blanche. Ils portent autour du cou l’un des prototypes mis au point par les artistes Atau Tanaka, Petra Gemeinboeck et Ali Momeni. Aux deux extrémités, un téléphone portable, l’un enregistre les sons ambiants et permet de repérer sur un radar sa position par rapport aux autres promeneurs, l’autre capture une photo toutes les vingt secondes. L’instrument expérimental comporte également un module de géolocalisation qui permet de tracer son détenteur. Les données sonores et visuelles captées sont automatiquement envoyées via le réseau sans fil sur un serveur central qui génère en temps réel une pièce audiovisuelle mouvante, en constante évolution, liée à la position et au cheminement des promeneurs. Les sons recueillis dans la ville par les différents participants sont retraités en live selon différents paramètres (présence, éloignement ou proximité des participants), mixés avec d’autres sons et renvoyés dans leurs écouteurs. Des voix se mêlent à ce paysage sonore donnant des instructions pour perdre les auditeurs dans la ville, les inciter à dériver dans le quartier, à suivre des itinéraires aléatoires « tournez à droite, avez-vous vu cet homme à la fenêtre, ralentissez... », des injonctions qu’ils peuvent choisir d’ignorer ou de suivre. Les différents chemins empruntés sont compilés en une narration abstraite, projetée sur grand écran à la Maison Rouge, traduction musicale et graphique de la dérive prônée par les Situationnistes. Dans l’espace de la gallerie, le public sur place découvrent les visuels et les sons générés qui s’inscrivent en temps réel sur une modélisation du quartier en 3D, traînées de photos dans le sillage des promeneurs, images exhumées qui s’incrustent dans le plan de la ville en fonction de leurs coordonnées géographiques, comme une trace de leurs déplacements. Musicien, Atau Tanaka est le premier artiste à devenir chercheur au laboratoire de recherche Sony CSL. Après avoir longuement travaillé avec des instruments à capteurs comme la Biomuse, le compositeur cherche à « porter la musique interactive hors de la scène ou de la salle de concert pour l’intégrer dans la sphère urbaine, penser la ville comme un instrument ». Un instrument collaboratif permettant de connecter les différents participants qui participent chacun à l’écriture de cette pièce audiovisuelle en temps réel. Lorsqu’on revêt le prototype, encore encombrant pour l’instant et peu maniable (les trois constituants devraient à terme se fondre dans un même appareil portable), on perçoit la présence des autres participants, même s’ils sont hors de vue : un sifflement mêlé à un bruissement de vêtement, des sons de sirènes difformes alors qu’aucune ambulance n’est en vue. On partage mentalement leur paysage sonore. Net_dérive est conçu comme « un système musical social », un hybride de relations sociales, musicales et spatiales qui évolue en fonction du comportement des participants.
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