vendredi 16 mai 2008 09:25
La paix intérieure
Ari Folman. «Valse avec Bashir» relève de la thérapie.
par Bruno Icher
Photo Léa Crespi
«Tout film est une thérapie.» Ari Folman, réalisateur de Valse avec Bachir, tranche net. Son film documentaire d’animation est l’aboutissement d’un travail sur lui-même, ressuscitant le gamin qu’il était en 1982, à qui l’armée avait collé un uniforme et un fusil pour l’expédier au Liban. «C’est une histoire banale. Un garçon de 19 ans, comme tous les autres, à qui l’horreur tombe sur la tête. Et j’ai oublié, enfoui tout cela profondément. Avant de faire le film, je regardais des photos de moi à cette époque et je ne me reconnaissais pas. Comme s’il s’agissait d’une autre vie.» Avant de se «reconnecter à lui-même», Ari Folman est l’auteur de documentaires et d’une série pour la télévision israélienne. C’est là qu’il a découvert les vertus de l’animation, à travers le travail de David Polonski, qu’il engagera comme illustrateur sur Valse... «C’est devenu une évidence pour traduire ce voyage dans mon passé.» Au cours des quatre ans de tournage, la forme s’est adaptée au récit qui se construisait. «Nous avons retenu trois types de dessins : l’un très réaliste, qui forme l’environnement, un autre où les contours sont plus flous, illustrant la part onirique de ces souvenirs qui remontent en surface, et enfin un troisième qui relève graphiquement de l’hallucination, comme un rêve ou un cauchemar qui devient une image.» S’il affirme avoir fait ce film comme un témoignage pour ses trois fils, «pour qu’ils puissent décider d’eux-mêmes, au-delà de [son] discours pacifiste, s’ils veulent se battre», Ari Folman pense avoir tout dit sur la guerre et le dégoût qu’elle lui inspire. Tout ? «Peut-être pas finalement, je ne sais pas. En tout cas, je sais que je me suis libéré.»
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