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mercredi 12 mars 2008 09:25

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La piste de la toile

En dépit de la frilosité de l’industrie, les films pullulent sur Internet. Le cinéphile devient cet explorateur d’îles aux trésors 2.0.

par Olivier Séguret

tags : vidéo , cinéphilie , piratage , VOD , droits d’auteur

Bucking Broadway, de John Ford (1917). Photo archives françaises du film

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Première et très arbitraire sélection de sites proposant légalement des films sur le web.

La cinéphilie n’a jamais été un état ou une qualité immuables. C’est une praxis. En philosophie marxiste, la praxis est, selon le Robert, « l’action par laquelle l’homme transforme son milieu pour répondre à ses besoins, en s’engageant collectivement dans des structures sociales déterminées par les rapports de production, et déterminantes de son être comme de sa conscience ». Cette définition va comme un gant aux actuelles métamorphoses qu’emprunte la cinéphilie, sous l’effet océanique et globalisant de la numérisation.

Masse

Abstraction faite de la profusion des formats de compression ou de la diversité des formules (streaming, abonnement, location online, download to own, burn DVD, pay-per-minute, etc.), c’est bel et bien sous la bannière unificatrice d’Internet qu’émergent de très nombreuses et protéiformes offres de cinéma. Cette façon de consommer le cinéma chez soi, en haut débit et à la carte, pourrait bien devenir, au cours des années, un phénomène de masse  : tout dépendra du comportement des principaux acteurs de l’industrie du film et en premier lieu de la façon dont Hollywood se décidera enfin à agir. Pour l’heure, l’usine à rêves semble tétanisée par son plus grand cauchemar  : le piratage. Si les majors américaines savent parfaitement tirer profit du média Internet pour d’efficaces campagnes de marketing viral, elles semblent en revanche cruellement manquer d’initiative et d’imagination pour faire prospérer leur commerce en ligne.

Au tournant du siècle, tous les augures du secteur prévoyaient pourtant que le business de la vente de films online serait énorme aujourd’hui. Forts de ces prévisions, les plus grands studios américains avaient même collectivement mis au pot pour fonder, en 1999, le site Movielink.com, qui devait être le vecteur numéro 1 de la diffusion immatérielle des films de catégorie A. Le succès de Movielink se fait toujours attendre  : 150 millions de dollars y ont été investis en pure perte et le site a fini par être piteusement revendu pour 25 millions l’an dernier...

Dans l’intervalle, des plateformes illégales comme ThePirateBay.org ou le très impressionnant site ZML.com ont étendu leur empire et il n’existe qu’un seul site légal soutenu par l’industrie qui puisse se vanter de faire des bénéfices  : Movieflix.com.

Abondance

Cette situation en apparence peu brillante masque en fait une réalité bien plus encourageante  : le commerce des films en ligne n’est sans doute pas encore très rentable, mais son activité bat quand même son plein. Il reste modeste en volume financier, mais il est déjà immense en fonds disponibles et gratuits ou pas chers. Selon Screen Digest, qui analyse pour les professionnels le marché des images sous toutes ses formes, la distribution de films en ligne a généré 58 millions de dollars sur la zone Etats Unis/Europe en 2007. Deux monopoles en tirent déjà profit  : la plateforme iTunes d’Apple, qui aurait capté 80 % du marché américain du download to own et les services du Xbox live (marché de jeux et de films accessibles en haute définition via la console de Microsoft), qui représenteraient 70 % de la location de films en ligne.

Mais le plus intéressant est ailleurs  : dans l’incroyable efflorescence de sites aux petites ou grandes ambitions, publics ou privés, libres de droits ou commerciaux, individuels ou collectifs, spécialisés dans l’ancien ou dans le moderne, dont la seule abondance suffit à repeindre le paysage de la cinéphilie aux couleurs du XXIe siècle. Des objets inaccessibles sont désormais disponibles d’un simple clic pour un prix qui commence à zéro et n’excède jamais 10 euros (le tarif moyen tourne souvent autour de 2 euros). Une première et très arbitraire sélection devrait permettre aux néophytes de se faire une idée.

L’aventure du cinéma en ligne ne fait que commencer et l’on n’a à son propos qu’une seule certitude  : elle a déjà pris et continuera de prendre des formes non prévues par les modélisations des maîtres de cette industrie. Bonne nouvelle, donc.


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