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vendredi 27 mai 2011 09:01

  • internet

La presse apprend à nager dans le courant du Net

par Frédérique Roussel

tags : presse , e-G8

Arthur Sulzberger, PDG du New York Times - Photo Gonzalo Fuentes/Reuters

L’image n’a pas plu à Arthur Sulzberger, PDG du New York Times. Non, la presse ne se trouve pas sur un iceberg en train de se liquéfier comme le suggère l’animateur du débat. Si Sulzberger sait lui aussi filer la métaphore liquide, c’est de manière plus combative. Cet adepte de rafting évoque son sport favori pour démontrer que « si vous ne restez pas flexible et soudé en équipe, vous risquez de vous retrouver dans le mauvais sens ». Dans l’intitulé de l’atelier de l’e-G8, « Internet est-il en train de tuer — ou de relancer — la presse ? » il opte pour la seconde alternative. Comme ses collègues dirigeants de rédactions prestigieuses invités hier après-midi à s’exprimer sous une tente campée pour trois jours dans le jardin des Tuileries, à Paris. Y manquait la voix d’un patron de presse français.

À cette sempiternelle question, qui traite ni plus ni moins de vie ou de mort, les parades ne varient guère. Première contre-offensive : aucun exemple de disparition d’un média n’existe dans l’histoire. C’est Carlo de Benedetti, patron du groupe L’Espresso, éditeur du quotidien la Repubblica, qui rappelle que l’apparition de la radio, puis de la télévision, n’a pas tué les journaux : « Internet a certes une autre infrastructure, mais c’est une opportunité de croissance. » Les responsables : les Google et Apple qui squattent le buffet. « Nous négocions avec Google, qui a commencé à comprendre qu’il ne peut pas se servir chez nous gratuitement », souligne le patron italien.

Quelle solution pour surfer sur la révolution numérique ? « Il n’y a pas qu’une seule réponse, lance Arthur Sulzberger, pour qui les journaux ne sont pas en voie de disparition. Nous avons constaté une érosion de la vente au numéro, mais pas de nos abonnés de plus de deux ans, qui le sont ensuite pour la vie. Ils sont passés de 650 000 il y a quatre ou cinq ans à presque 840 000 aujourd’hui. » L’adaptation et la flexibilité sont les maîtres-mots selon lui. « Il y a deux tendances fondamentales à l’œuvre dans notre monde : la numérisation et la mondialisation », enchaîne Robert Thomson, patron du Wall Street Journal, en filant la métaphore du rafting utilisée auparavant par son voisin de droite. « Et si vous avancez avec ces courants, vous serez porté sur une longue distance. Si vous tentez de nager contre eux, vous n’irez nulle part. »

Au Financial Times, on revendique aussi une augmentation de 25% des lecteurs depuis quelques années. « La disparition de la presse écrite n’est pas de notre ressort : ce sont les lecteurs qui vont décider comment et sur quoi ils veulent lire. Le plus important, c’est la qualité du contenu », défend Robert Shrimsley, directeur de la rédaction du FT.com. « Je suis agnostique concernant les moyens de distribution, c’est le contenu qui nous définit », renchérit Sulzberger, montrant son iPad. « La qualité des contenus attire des lecteurs de qualité, qui attirent des annonceurs de qualité. Aujourd’hui, toutes les quatre secondes, un article du New York Times est tweeté. »

Contenu, qualité, coût, l’équation incontournable. « Nous allons demander à nos lecteurs de payer. Non pas pour le “c’est arrivé”, mais pour le “pourquoi c’est arrivé” », annonce Carlo de Benedetti. Quant à la philosophie du New York Times, qui avait déjà expérimenté le payant pour revenir au gratuit pendant trois ans avant de repasser au payant : « Test, learn, adapt [essayer, apprendre, adapter »] : voilà notre méthode, même si parfois, on commet des erreurs. »

Les Européens n’ont malheureusement pas cette culture de l’échec, fait remarquer Katharina Borchert, du Spiegel Online, qui pense que « notre philosophie ne changera pas, nous ne nous contenterons jamais de synthèses et préférerons toujours les reportages ». Une question de la salle sur l’enjeu du Web social réjouit Sulzberger : « Le modèle économique n’a pas fondamentalement changé, le challenge est de savoir comment on peut attirer les lecteurs de manière collaborative. » Enfin parlait-on futur à son goût.

Paru dans Libération du 26 mai 2011


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