mardi 13 avril 2010 16:37
La psychiatrie sans garde-fous
par Isabelle Hanne
tags : documentaire , santé , France 5
Face à la pénurie de lits, pas assez de structures alternatives ont vu le jour. DR
Un monde sans fous ? de Philippe Borrel
France 5, ce soir à 20 h 35.
Décembre 2008. Moins d’un mois après l’assassinat d’un étudiant grenoblois par un schizophrène échappé d’un hôpital, Nicolas Sarkozy présente une réforme de l’hospitalisation psychiatrique. Sécurisation des établissements de santé, réforme de l’internement d’office, instauration d’une obligation de soins « effective »… Face à l’indigence de la psychiatrie française — depuis les années 70, plus de 50 000 lits d’hospitalisation ont été fermés en psychiatrie publique, sans qu’assez de structures alternatives aient vu le jour, la réforme est vécue comme une provocation. Et comme une violente régression par les soignants et les proches de malades. Selon eux, elle n’apporte qu’une réponse sécuritaire, renforce la logique gestionnaire de l’hôpital. Le tout dans une société qui marginalise ses fous au lieu de les soigner : les malades mentaux représenteraient un tiers des populations SDF et carcérale de France. Et c’est bien la question de l’élimination sociale qu’examine Un monde sans fous. Une enquête fouillée et militante qui embrasse la question du rapport entre la société et ses fous, depuis la prise en charge médicale, sociétale et souvent judiciaire du patient en France, jusqu’aux évolutions des neurosciences outre-Atlantique. Réalisé par Philippe Borrel (Pistés par nos gènes), le documentaire décortique habilement l’instrumentalisation politique des troubles mentaux. Questionne le glissement sémantique de la psychiatrie à la « santé mentale ». Note le recours systématique aux médicaments et l’absence de prise en compte de l’environnement du patient. S’alarme du repérage anticipé des déviances et de la volonté d’identifier des personnes « pas encore malades mais qui risquent de le devenir ». Constate que le dernier lieu où certains trouvent des soins, c’est en prison. Et décrypte le discours des pouvoirs publics qui promeuvent le risque zéro, et veulent imposer des soins avec moins de moyens et plus de contraintes sécuritaires. A travers des témoignages de soignants, patients, magistrats, bénévoles et élus, le documentaire montre comment, trente ans après la fin des asiles, « la maladie mentale repose de plus en plus sur l’associatif et les familles ». Et s’achève sur cette citation du psychiatre François Tosquelles : « Sans reconnaissance de la valeur humaine de la folie, c’est l’homme même qui disparaît. » Paru dans Libération du 13 avril 2010
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