dimanche 5 février 2012 14:25
«La question d’un assouplissement se pose»
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
tags : politique , CSA , temps de parole
Christine Kelly en 2005 - Photo Karim Ramzi, CC BY SA
Membre du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) depuis 2009, la journaliste Christine Kelly préside le groupe de travail «Pluralisme et campagnes électorales». A chaque élection, la règle du temps de parole est remise en cause. Faut-il la supprimer ? Le CSA ne crée pas les lois mais se charge de les faire appliquer. On s’aperçoit que, quand elles n’ont pas de règles, les chaînes s’en imposent. C’est le cas de Laurent Ruquier, sur France 2, qui s’est imposé des règles très strictes avec un compteur alors que la seule règle à respecter était celle de l’équité. Mais sans règle, se poserait la question du pluralisme : Michel Boyon a reçu quelques lettres de candidats qui se plaignaient de n’être jamais reçus à la télévision et à la radio. Et ce, malgré un système efficace et à leur avantage. Maintenant, on peut se poser la question d’un assouplissement. De quel genre ? En 2007, le CSA a proposé que la période intermédiaire de cinq semaines, où sont en vigueur égalité du temps de parole et équité du temps d’antenne, soit réduite de deux semaines. Car on est arrivé à un paradoxe : on ne fait plus de politique dans les émissions qui y sont dédiées. C’est mathématique : quand, au cours de cette période, il y a par exemple cinq émissions du Grand Jury RTL, donc cinq candidats à recevoir alors qu’il y en a douze, c’est impossible et il est tentant de supprimer l’émission. Comment découpez-vous la prestation de dimanche de Nicolas Sarkozy entre les propos du candidat et ceux, régaliens, du chef de l’Etat ? Déjà, on n’attend pas qu’il soit déclaré pour le décompter en tant que «candidat présumé». Concernant l’émission de dimanche, ce sera très majoritairement décompté au «candidat présumé». Quand il évoque sa relation avec Obama, quand il dit qu’il est le chef de l’Etat, alors c’est régalien. Quand il dit qu’il a «rendez-vous avec les Français», là, c’est clairement le candidat qui parle. Pourquoi ne pas décompter toute l’émission sur le temps de parole du candidat ? C’est tout de même subtil… Franchement, ses propos régaliens sont très minoritaires. Mais le temps de parole de Nicolas Sarkozy est très faible par rapport à celui de ses soutiens. Et puis, faites-nous confiance : le CSA est habitué à faire de la dentelle. Par exemple, quand Philippe Torreton parlait de son soutien à Ségolène Royal, en 2007, ou de son nouveau film. Ah, et on a aussi une question de la part de Nicolas Sarkozy : est-ce qu’il y a du temps de parole en Allemagne ? Bonne question ! Je ne sais plus. Mais je sais que de nombreux pays, du Maghreb notamment, viennent nous demander conseil. J’étais aux Etats-Unis récemment, et la FCC, le CSA américain, m’a dit admirer notre système en me disant qu’il est sain alors que le leur, c’est money, money, money. Paru dans Libération du 3 février 2012
Il y a 0 réaction à cet article.
Lire les réactions.Réagir à cet article.
Partager cet article
Partager Tweet



