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lundi 12 novembre 2012 11:35

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La radio de plus en plus téléphonée

par Tania Kahn

tags : radio , applications , smartphone

Photo Christophe Maout

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L’onde de cash se fait attendre

Les applications des stations musicales font un tabac, mais elles peinent à se monétiser.

Allô, la radio ? Au cours du mois dernier, 6,6 millions de Français ont écouté la radio sur leur smartphone, selon Médiamétrie. Lequel smartphone se balade dans la poche de 23,8 millions de personnes, soit 46,6% de la population. Conscientes de cette révolution, et soucieuses de ne pas louper le coche de la sacro-sainte modernité, les radios de la bande FM ont toutes misé sur ce téléphone intelligent.

Dès 2009, RTL et NRJ lançaient leur première application iPhone, suivies de Radio France et Europe 1 en 2010 et des Indés radios (groupement de 124 stations indépendantes) en 2012. « Le mobile est devenu l’axe prioritaire de développement des radios, devant le Web », explique Joël Ronez, directeur des nouveaux médias de Radio France. « Le poste de radio d’aujourd’hui est dans le téléphone », renchérit Gilles Nay, directeur des activités numériques du pôle News Lagardère (Europe 1). Et Jean-Paul Baudecroux, PDG du groupe NRJ, s’enthousiasme : « L’Internet mobile est le meilleur ami de la radio, c’est une dynamique extraordinaire pour notre média, ça le rend très moderne. »

Ainsi, par le prisme du smartphone, la radio se modernise, se numérise et enclenche une véritable mutation. « Elle devient hybride, analyse Joël Ronez. Le type de média véhiculé n’est plus seulement le son, on démultiplie les potentialités, on associe au flux sonore de l’image, du texte, de la vidéo et de l’interactivité. C’est tout cela désormais faire de la radio. »

C’est un paradoxe, mais la radio sur mobile est avant tout visuelle. « Il y a une appétence du public pour la vidéo. Il suffit de regarder la puissance de YouTube et Dailymotion », constate Gilles Nay. « Dès lors que les auditeurs ont le choix entre une vidéo et un player son, ils cliquent sur la vidéo, poursuit Joël Ronez. On n’a certes pas besoin de l’image pour comprendre un message radio, mais c’est un service supplémentaire. » Du coup, les stations se sont équipées. Les studios d’Europe 1 sont tous pourvus de caméras dirigées depuis une régie centrale. Ces machines diffusent sept heures quotidiennes de live streaming — pour l’instant, uniquement sur l’application iPad. « On n’est pas une société de production audiovisuelle, mais on s’en approche, commente Gilles Nay. Nos invités débarquent apprêtés et maquillés. Ils savent qu’ils seront filmés. Et puis la vidéo rend possible des reprises télé. »

Grâce à Internet, les radios intensifient les liens avec les auditeurs et ce au-delà du temps d’antenne. Passer un coup de fil à sa FM favorite est limite ringard. « On se dirige vers une "social radio" : les réseaux sociaux tels Twitter et Facebook se combinent aux applications des mobiles pour fédérer des communautés, créer de l’échange autour des émissions », analyse le directeur des activités numériques du pôle News Lagardère. Sur ce point, la musicale NRJ a un coup d’avance. Sur son appli, la fonction « J’écoute » permet de partager et de commenter (en temps réel) sur Facebook les titres de la station. Et la webradio NRJ Hits Battle invite à défendre sa chanson préférée : plus on clique sur un titre, plus il monte dans la playlist. De quoi ravir une foultitude d’ados.

L’offre des radios via leurs applications tend également à se diversifier. « Nous devons aller au-delà des contenus antenne et inventer des formats différents », détaille Gilles Nay. Europe 1 a ainsi imaginé The Louizz (du nom de sa présentatrice, Louise Flamant), un contenu vidéo spécifique au Web, autour de l’actualité cinéma. RTL a créé deux applications thématiques, RTL Football, et Astro Christine Haas, tandis que Radio France phosphore sur trois nouvelles applis : France Bleu football, Radio France Marseille Provence 2013, et une application liée à sa future plateforme musicale. De son côté, NRJ a lancé trois webtélés musicales et 110 webradios embrassant un large répertoire : NRJ Soul, NRJ Créole, NRJ Dance…

Par ailleurs, l’Internet mobile contourne les limites de la couverture hertzienne : les stations de la bande FM deviennent accessibles sur l’ensemble du territoire et l’offre s’élargit aux radios 2.0, présentes uniquement sur le Web via des applications comme Radionomy ou Liveradio. Des arguments dont les grosses stations se sont emparées pour débiner la radio numérique terrestre (RNT) aujourd’hui balayée par le gouvernement. « Le téléphone mobile a définitivement enterré la RNT. Je n’imagine pas un individu investir dans un nouveau poste alors que le smartphone répond déjà à ses attentes », estime Gilles Nay. « La radio continue d’avancer, de se numériser, elle n’a pas attendu la RNT », ajoute Ronez. Et Nay de conclure : « Le mobile devient le support à tout faire. » Du moins tant que la batterie tient le coup.

 

Paru dans Libération du 9 novembre 2012


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