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mercredi 28 décembre 2011 13:49

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La rue de Valois a la Culture du piratage

par Camille Gévaudan

tags : politique , p2p , piratage

Photo Emily Walker, CC BY SA

Voilà qui fait mauvais genre : après une inspection minutieuse des adresses IP utilisées par le ministère de la Culture, des internautes les accusent très sérieusement de pirater en masse des films, séries, fichiers musicaux et même jeux vidéo. Ah, c’est du propre !

Pour parvenir à leurs fins, ils ont tout simplement utilisé YouHaveDownloaded.com, un site basé en Russie et lancé au début du mois. Ses concepteurs ont appliqué la même méthode que Trident Media Guard (TMG), la société privée chargée de surveiller les échanges en peer-to-peer pour le compte des ayants droit, puis de transmettre les adresses IP flashées à l’Hadopi pour qu’elle envoie ses avertissements aux internautes pirates. En effet, rappelons ici que tous les échanges p2p (eMule, torrents...) sont publics par défaut. Il suffit de se connecter à un « tracker », serveur qui coordonne les échanges, pour avoir accès à toutes les adresses actuellement en train de télécharger (ou d’uploader) un fichier.

Mais là où TMG garde secrète la liste des IP flashées en flagrant délit de piratage, YouHaveDownloaded.com balance tout sur le web sans aucun scrupule. « On veut simplement rappeler aux gens qu’il ne faut pas s’attendre à garder une vie privée sur Internet », expliquait l’un des cofondateurs du site au blog Torrentfreak. « De nos jours, beaucoup d’internautes surfent sans savoir quelles traces ils laissent derrière eux. Et même ceux qui en ont une petite idée choisissent souvent de l’ignorer. »

 

 

Sur le site, on peut donc découvrir — avec soulagement et fierté — que la rédaction d’Ecrans.fr est blanche comme neige, mais aussi fouiner dans l’historique de téléchargement de n’importe quelle adresse IP. Et certains lecteurs du blog Nikopik, farouchement anti-Hadopi et un poil revanchards, s’en sont donné à cœur joie avec les adresses utilisées par l’Elysée, il y a deux semaines, puis par le ministère de la Culture.

« Il a fallu pas mal de temps pour scanner les plus de 60 000 adresses possibles, [...] mais nous y sommes arrivés. Et devinez quels sont les résultats ? Ils sont tout simplement explosifs ! jubile ce matin Nicolas Perrier, rédacteur du blog. Sur les 65 025 adresses IP officiellement attribuées au ministère, plus de 250 ont été repérées comme faisant transiter du contenu illégal durant les deux derniers mois. » Et Perrier de remuer le couteau dans la plaie, en illustrant avec leurs affiches et pochettes officielles les œuvres piratées :

 

 

Ces résultats affolants ne signifient pourtant pas forcément que Frédéric Mitterrand se fournit en épisodes de Dexter sur le wi-fi du ministère. Il est très facile de falsifier les résultats en « injectant » de fausses adresses IP sur les réseaux pour faire accuser qui l’on veut, et YouHaveDownloaded ne procède à aucune vérification de l’authenticité du partage, contrairement à TMG. L’injection d’IP avait été tentée par l’équipage de The Pirate Bay, fin 2008, pour démontrer l’inefficacité d’une surveillance du p2p.

Mais Nicolas Perrier estime cette hypothèse improbable dans le cas du ministère de la Culture : « De nombreux fichiers reviennent plusieurs fois dans cette liste, en transitant via une adresse IP différente mais appartenant toujours au ministère ! Or, les chances pour que des adresses IP appartenant au même organisme apparaissent plusieurs fois pour un seul et même fichier téléchargé sont extrêmement minces. » Il lui semble plus réaliste qu’il s’agisse de vrais téléchargements, effectués depuis un ordinateur s’étant vu attribuer plusieurs adresses IP successivement et de manière automatique, « suivant les possibles redémarrages ou déplacements » de la machine.

Quelle que soit la vérité, elle est cruelle pour la crédibilité du système Hadopi : « Soit il y a véritablement des téléchargements illégaux qui ont été effectués depuis le ministère de la Culture, soit l’utilisation des adresses IP pour identifier d’éventuels cas de téléchargement illégal n’est pas du tout fiable et le système actuellement mis en place par Hadopi est une énorme erreur. » La non fiabilité du système pourrait expliquer pourquoi certains internautes français, avertis trois fois par l’Hadopi puis sommés de s’expliquer lors d’un rendez-vous avant un éventuel transfert du dossier vers le tribunal, continuent de clamer leur innocence...

Quand la présidence de la République avait été accusée des mêmes torts, le 15 décembre, son service de communication avait vivement démenti, s’appuyant sur une vérification en interne : « Il n’y a pas eu de téléchargement illégal depuis le réseau de la présidence sur les derniers mois. » Mais s’il n’y a pas eu piratage, c’est donc qu’il y a eu falsification. L’Elysée avoue à demi-mot ce que tous les détracteurs d’Hadopi, mais aussi des tribunaux français, ont martelé ces dernières années : l’adresse IP ne suffit pas pour établir la culpabilité d’un internaute.


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