jeudi 26 mai 2011 15:33
La signature militante contre le clic people
par Pierre Marcelle
tag : pétition
Est-ce qu’il y a encore une vie sur la Toile, une vie interactive qui se soucie d’autre chose que de l’affaire Strauss-Kahn ? C’est peu probable, tant les ragots et les mythologies que celle-ci génère emportent tout, à chaque instant ravivant la machine à produire du bruit, jusqu’à contraindre les vieux médias, sinon l’actualité, à marcher avec cette épée dans les reins. Du jour au lendemain, pourtant, cette fièvre passera. Déjà, ici et là, en fin de semaine dernière, on perçut des signes d’une lassitude, d’une fatigue, même, comme à Bilbao, vers le troisième jour de la feria, quand la gueule de bois fait les lâchers de taureaux tragiques. Même les naunautes, tels les sex addicted, peuvent éprouver le besoin de reconstituer leurs forces. En attendant la prochaine échéance de ce feuilleton-là, le 6 juin, jour d’audience, les « flux » d’infos, tels vases communicants, gèrent une actualité profuse dans d’incohérents soubresauts. Vu d’ici, les révolutions méditerranéennes pâtissent de leur visibilité moindre, Ben Laden est vraiment mort, et, dans la catégorie catastrophes naturelles, le bras de fer islando-japonais — nuages de cendres ici, et là de vapeur — souffre de la répétition de ses images. Qui, quoi survit, dans le maelström ? Le Web militant, du plus social au plus corporatiste. Ce sont les réseaux sociaux qui organisent depuis trois jours l’occupation madrilène de la Puerta « Tahrir » del Sol, en attendant peut-être celle, parisienne, de la place de la Bastille. Et si l’on ne tweeta guère, la semaine dernière, à propos de l’entrevue Obama-Nétanyahou, l’Afftac (Association française des fournisseurs d’aides à la conduite, autrement dit le syndicat des marchands de détecteurs de radars) annonçait ce week-end, outre un appel au blocage de la circulation le 2 juin, avoir réuni en une semaine, sur une pétition, un million de signatures.
Un million, c’est beaucoup. En toute discrétion, celui-là aura cette semaine pesé infiniment plus lourd que des milliards de cliqueurs que le destin de Strauss-Kahn « sidéra ». Du bouzin numérique, les premiers constituèrent le sel, et les seconds, la poussière. Paru dans Libération du 24 mai 2011
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