Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Le piratage est un danger pour l’avenir de notre civilisation.

Muriel Marland-Militello, députée UMP

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

samedi 29 septembre 2007 17:39

  • télévision

La télé dans le nombril

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

tags : presse , médias

Brochette de présentateurs d’émissions de décryptage - DR

Hé ! Vous ! Oui, vous lecteur qui passez par cette page, arrêtez-vous. C’est quoi, votre métier ? Prof ? Charcutier ? Eh bien, imaginez que, le soir venu, vous vous affalez fourbu dans votre canapé avachi et là, la télé vous ressert tous vos soucis de boulot : la baisse du niveau des élèves, la piètre qualité des saucissons. Pas marrant. Imaginez maintenant que, pour aborder ces épineux problèmes, la télé invite vos confrères : le réac proviseur du lycée d’en face, le charcutier concurrent qui met ses crottes de nez dans la préparation du saucisson. Cauchemar, non ? Et c’est pourtant ce que nous avons vécu cette semaine en nous attaquant à l’épineux sujet des émissions de télé qui parlent de la télé. Tous, ils y étaient tous : les collègues du Monde, du Figaro, du Parisien… Tous embringués dans les multiples émissions de décryptage des médias qui pullulent à la télé. Allez hop, c’est aujourd’hui qu’on se fâche avec tous nos confrères.

Arrêt sur Amar
D’emblée, c’était raté. Dès les premières phrases d’Amar décrivant Revu et corrigé (France 5 le samedi à 19 heures) comme une « émission de décryptage de l’actualité, de son traitement médiatique et des médias eux-mêmes ». Paulo, Paulo, Paulo, c’est bancal ! Mais Paulo s’enfonce, rame dans ses explications : « Les lignes bougent à une telle vitesse [que le génie qui a inventé cette expression crétine des lignes qui bougent se dénonce, ndlr] que les repères habituels volent en éclats, que notre boussole s’affole. » S’il y en a bien un qui s’affole, c’est Paul Amar, complètement dépassé par l’ampleur de sa tâche : remplacer Arrêt sur images, en faisant croire que non, mais tout en prenant sa place, avec Daniel Schneidermann qui vole en rond au-dessus de lui, prêt à fondre. Résultat : depuis deux semaines que Revu et corrigé a succédé à Arrêt sur images, c’est la cata. Le pauvre Amar enquille les débats patapouf : l’affaire Maddie, la presse people et les politiques. Mais de télé point.

Pif Paf Patapouf
Patapouf again chez l’autre nouveau : Pif Paf de Philippe Vandel qui entend « scruter le PAF » (Paris Première, le samedi à 18 heures). Le concept ? Pioché partout : Eric Dussard chez + Clair pour les sujets, le public-panel représentatif chez Morandini !, les chroniqueurs spécialistes de la télé chez Telle est ma télé sur TPS Star, et les débats de haute volée (« L’impertinence à la télé », mondieu-mondieu-mondieu, en attendant, ce samedi, le très frais « L’info est-elle plus libre sur Internet ? ») chez Amar. Tout ça pour s’entendre dire en chute par ce malinos de Vandel : « C’est que de la télé. » Et gnagnagna. Troisième petit nouveau, Christophe Beaugrand, et son JT des médias quotidien (8 h15) dans la Matinale de Canal +. Un JT en trois infos dont une sur Britney Spears parce que Beaugrand a le goût des belles choses et qu’il aime bien rire en montrant ses 64 dents.

Suspects habituels
Pour le reste : que du vieux. L’éternel + Clair (samedi, 12 h 50) avec cette année Charlotte Legrix de la Salle aux manettes et un léger lifting de rubriques. Le Telle est ma télé (dimanche, 13 h 30, TPS Star), l’émission de médias qui sent la chaussette depuis que Julie Raynaud a disparu au profit de Matthias Gurtler. Sans oublier l’inénarrable Jean-Marc Morandini (tous les jours à 18 h 55) sur la non moins inénarrable Direct 8. Un Morandini qui fait pitié dans son studio de la tour Bolloré, éclairé comme au supermarché et maquillé à la truelle par des stagiaires non rémunérés. N’oublions pas l’inoxydable Vie des médias (samedi à 15 h 40) sur LCI, ses sempiternelles interviews de patrons d’agences de pub. Sans doute l’émission de médias la plus honnête en ce qu’elle ne cache pas son but : corrompre.

L’amie des médias
« L’émission de décryptage de la télé à la télé, c’est de la dissuasion, c’est une mine antipersonnel. » Tel est le bilan que tire aujourd’hui Christian Dauriac de ­Décryptages, l’une des premières du genre, qu’il a lancée en 1992 sur France 3 Paris-Ile-de-France. Il avait, à l’époque, « vendu l’idée à la direction qu’une telle émission ne pouvait fonctionner que si elle était totalement indépendante de la hiérarchie de la chaîne ». Pourquoi une telle prévention ? « Sinon, tu deviens la courroie de transmission de la chaîne », assène Dauriac. Voilà une des fonctions de l’émission sur la télé à la télé : un outil diplomatique entre chaînes. « Le fait d’évoquer la concurrence sur sa propre antenne est un outil extrêmement stratégique, souligne le journaliste, ce genre d’émission devient un organe de communication, on s’invite entre chaînes et ça donne une soupe tiède. »

Brochette plumitive
Une soupe tiède qui se lappe entre amis : la Vie des médias, un fleuron du genre, est conçue en partenariat avec le Figaro. Dans Telle est ma télé, les commensaux viennent du Monde, du Figaro, du Parisien, soit, explique l’hôte Matthias Gurtler, lui-même issu de VSD, « la fine fleur des journalistes médias ». Mais il faut bien ça pour susurrer d’amoureux « Etienne » à Mougeotte, comme la belle équipe le fit début septembre une heure durant.

Même genre de brochette plumitive dans Pif Paf : mais pourquoi un tel amour de la presse écrite (1) ? « De manière un peu naïve, explique Christian Dauriac, la chaîne a ainsi l’impression de s’offrir une neutralité bienveillante de la part des journalistes. » Plus trivial encore que le renvoi d’ascenceur, six types autour d’une table, c’est bien moins cher que de salarier à l’année des journalistes pour qu’ils fassent des reportages.

Enfin, l’émission de médias, c’est pratique, ça permet de faire son autopromo en loucedé (Pif Paf chantant les louanges des Bleus de M6, maison-mère de Paris Première ou ce long sujet sur la pub des opérateurs télécoms, dont Bouygues Télécom, très très bien servi dans la Vie des médias de LCI-TF1). Une jolie pratique bien française, explique Bertrand Villegas qui observe les programmes du monde entier au sein de sa société The Wit : « La France est unique par le nombre de ses magazines télé à la ­télé, même si on en trouve quelques-uns, notamment, en Italie ou aux Pays-Bas. Les étrangers sont plus francs du collier, ils n’ont pas besoin de passer par le décryptage des médias pour parler de Maddie ou des peoples. »

Narcisse en son petit écran
« Décryptage », en voilà un joli mot dont toutes ces émissions usent et abusent. « Toute l’actualité des médias décryptée et analysée », dit sans rire Moran­dini de son émission sur Direct 8. Décryptage des fesses de Britney Spears, oui ! Sous ces faux-nez que sont le décryptage et l’analyse, on trouve le plus souvent des émissions people (Pif Paf, Morandini !), ou vaguement sociétales (Revu et corrigé), mais de décryptage des médias, de la télé, jamais. La télé en son propre miroir ne se supporte pas, se contourne elle-même, s’esquive, rechigne à s’emparer de son propre objet. Et là, le chœur antique s’écrie : « Et Arrêt sur images ? » Arrêt sur images, mmouais. Et nous là, on dégaine notre Boubou. Un jour invité d’Arrêt sur images, Pierre Bourdieu se retrouva piégé entre micro-trottoirs et débats contradictoires, figures imposées de la télé. Et Boubou en sortit fort marri : « On ne peut pas, en conclut-il, critiquer la télévision à la télévision parce que les dispositifs de la télévision s’imposent même aux émissions de critique du petit écran. » Pas mieux.

(1) Et là, vous vous dites : et Libération, c’est du pipi de chat ? Figurez-vous que ces pisse-froid prétendent qu’ils ne peuvent pas écrire sur la télé et passer à la télé. Les nazes.


Il y a 2 réactions à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

presse - « La Tribune » reprise par FER/Hi-Média

médias - Temps de parole : les soutiens comptent aussi

article précédent
Star Ac, la vidéo qui accable les vigiles
article suivant
Le site du jour : Expo Lounge


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Raphaël Garrigos
  • écrire à Isabelle Roberts
  • réactions (2)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Silence, on joue ! Soul Calibur V, Final Fantasy XIII-2
  • Le sac de nœuds du financement numérique
  • L’Elysée à l’abordage du Net
  • La télé tunisienne, sans transition
  • Ecrans.fr : le podcast anonyme

Lib.fr

  • Le sac de nœuds du financement numérique
  • Syrie : sixième jour de bombardements sur Homs
  • Devine qui vient dîner au Crif?
  • Après Contador, Jan Ullrich suspendu deux ans pour dopage
  • Mode et contrefaçon : une lutte inégale
publicité

De saison

img75
L’Elysée à l’abordage du Net

Dans un merveilleux dessin interactif, OWNI liste les principales figures de la conquête de l’Internet par l’Elysée, et schématise leur relations en filant la métaphore de l’île déserte.


Chronophage

Q - Compressing the Heart

« Vous vous réveillez dans un monde différent, après qu’une créature étrange a volé votre cœur. »


Hum, bizarre...

img75
Les sosies sont six

Vous ne vous êtes jamais dit que votre voisin de train ou de fil d’attente ressemblait à un personnage de fiction ?


Dixit

« C’est un peu comme si vous rajoutiez des dizaines de bières sur le plateau d’un serveur : au bout d’un moment, il tombe. »


De saison

img75
L’hommage de Google à François Truffaut

François Truffaut aurait eu 80 ans ce 6 février 2012. Google en fait donc son Doodle du jour.


Vendredi, à poils !

img75
Avoir un bon copain...




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008