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samedi 26 mai 2007 14:21

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La télévision publique italienne sur les rails de la réforme

Le gouvernement Prodi réforme la Rai pour lui donner plus d’autonomie. Une mesure jugée insuffisante.

par Eric Jozsef

tags : politique , Italie

Rome, de notre correspondant.

Couper le cordon ombilical avec le pouvoir politique : c’est le but de la réforme de l’audiovisuel public italien que le gouvernement de Romano Prodi s’est enfin décidé à engager, un an après la victoire de la gauche. Le ministre des Communications, Paolo Gentiloni, a présenté il y a quelques jours un projet de refonte d’une Rai ankylosée et en proie à la concurrence des télés de Silvio Berlusconi. « Nous voulons créer les conditions pour que la Rai décide de son avenir et de ses choix industriels », a assuré l’auteur du texte, promettant de mettre un terme à des décennies de mise sous influence de la télévision nationale.

A l’avenir, le conseil d’administration de la Rai devrait être composé de cinq professionnels de l’audiovisuel, nommés par une nouvelle fondation de onze membres intégrant seulement quatre représentants choisis par le Parlement. Les sept autres devraient être désignés par les employés de la Rai, les téléspectateurs (représentés par le Conseil national des consommateurs) mais aussi les régions et les recteurs d’université. Une véritable révolution pour une télévision nationale encore sous la coupe des partis à travers un conseil d’administration dont les neuf membres sont aujourd’hui nommés par une commission de parlementaires et par le ministre du Trésor, en tant qu’actionnaire principal de la Rai. L’actuelle direction, nommée lorsque Berlusconi était encore président du Conseil, est composée de cinq membres proches de l’ancienne majorité de droite et de quatre conseillers désignés par la gauche. Cette configuration empêche de nombreuses nominations, retarde la plupart des décisions et handicape sérieusement la Rai. Pour mettre un terme aux blocages, le ministre du Trésor, Tommaso Padoa-Schioppa, a récemment décidé de destituer l’un des conseillers imposé par le précédent gouvernement, pour l’heure sans grand effet. « Chercher à garantir l’autonomie de la Rai peut sembler velléitaire, a reconnu le ministre Paolo Gentiloni, mais c’est indispensable au vu de la gravité de la situation. »

Reste que le projet apparaît insuffisant pour relancer l’audiovisuel public. Notamment parce que le problème du financement de la Rai (aujourd’hui réparti à peu près de manière équivalente entre la redevance et les recettes publicitaires) n’a pas été tranché. Une partie du gouvernement Prodi souhaitait ouvrir la voie de la privatisation. D’autres, dont les ministres communistes, ont au contraire plaidé pour « un renforcement de la nature publique de la Rai ».

Au bout du compte, le principe d’une séparation des financements a été adopté, mais sans préciser sous quelle modalité. L’idée de consacrer les fruits de la redevance aux deux chaînes Rai Due et Rai Tre et d’alimenter les caisses de Rai Uno uniquement par la publicité a pour l’heure été écartée. C’est la future fondation qui sera amenée à trancher cette question. A condition que le texte soit approuvé par le Parlement. Certains membres de la majorité ont déjà fait savoir qu’ils souhaitaient que ce dernier puisse nommer davantage de conseillers dans le futur organisme.

Pendant ce temps, la Rai est confrontée à une nouvelle offensive de Mediaset. Le colosse de communication du Cavaliere, qui contrôle les trois principales chaînes commerciales du pays, vient de prendre de vitesse le gouvernement en rachetant à Telefónica la maison de production Endemol, inventrice de la télé-réalité et de Big Brother. Alors qu’un autre projet de loi du ministre Gentiloni vise à imposer —à l’ensemble du paysage audiovisuel— un seuil maximum de 45 % des recettes tirées de la publicité, le groupe de Silvio Berlusconi, qui représente aujourd’hui environ 65 % de ce marché, a accéléré sa stratégie de diversification. A travers Endemol, Mediaset vient aussi de s’adjuger toute une série de programmes actuellement diffusés sur les chaînes publiques. « Endemol ne sera pas utilisée pour affaiblir la Rai », ont assuré les nouveaux acquéreurs. Mais pour l’hebdomadaire progressiste l’Espresso, avec ce rachat, « la Rai est morte, mais elle ne le sait pas ».


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