mercredi 2 juin 2010 09:50
La vacuité de cet espace infini m’effraie
par Pierre Marcelle
tags : moteurs de recherche , Google
Dans l’espace infini de la virtualité, de l’instantanéité et des gigaoctets, on se perd cent fois par jour. La tentation d’assouvir des curiosités rencontre une offre si considérable que l’appétit est passé avant même de se mettre à table. « Je trouverai sur Internet » constitue aujourd’hui une antienne familière, paresseuse et génératrice d’une procrastination devenue réflexe. Comme si la possibilité — ou l’illusion d’une possibilité — de savoir éteignait jusqu’à l’envie de savoir. L’essentiel et le superficiel s’y confondent, et de même le problème avec la devinette, et le nécessaire avec le superflu. Or, parfois, on cherche vraiment et l’on ne trouve pas. Parfois, le moteur de recherche tombe en panne. Ainsi, depuis deux grosses semaines, m’est-il impossible de retrouver la trace ou la source de cette histoire ou de cette légende qui met en scène un membre de la bande à Bonnot, fameux groupe anarchiste du début des années 1910. À un policier lui servant le rituel : « Au nom de la loi, je vous arrête », l’homme, non identifié, dégainant son arme de poing, rétorque sobrement : « Au nom de l’Humanité, je te tue. » Et l’abat. Elle est bien, cette histoire, non ? Ou est-ce seulement un fond d’actualité, ou le discours d’État qui la commente, qui me fit la regarder comme édifiante ? En ce cas, elle constituerait un assez joli sujet de baccalauréat pour des aspirants philosophes appelés à la commenter, vous ne trouvez pas ? Toujours est-il que j’ignore seulement si elle est réelle ou apocryphe. Je ne sais si je l’ai sue, lue, ou entendue, dans un livre ou dans un journal, à la radio ou à la télé, autour d’une table ou autour d’un verre, ni où ni quand. Je la conte ici et là à de mauvais esprits ou à de savants amateurs susceptibles de me dire sa genèse, en vain. Un jour, je me demanderai si je ne l’ai pas rêvée. Car il est de fait que sur ce coup-là, Google, le gros Google tout plein de ses certitudes, ne m’a servi à rien. Absolument à rien. Paru dans Libération du 1e juin
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