mercredi 17 août 2011 15:13
« La vente en ligne va détourner le vrai lecteur de son libraire, et donc de la littérature »
par Geoffroy Husson (l'article, pas la citation)
Invité mercredi matin à parler de la rentrée littéraire sur Europe 1, Jean-Marc Roberts, directeur éditorial des éditions Stock, nous a ramené aux heures les plus sombres de Pascal Nègre. Interrogé sur l’intérêt de la rentrée littéraire par le journaliste Benjamin Petrover, alors qu’il n’existe rien de tel dans la musique, le cinéma ou l’art, Jean-Marc Roberts attaque d’entrée l’informatique : « Je crois qu’il y avait une rentrée du disque, une rentrée du cinéma, on a oublié que ça existait. Je pense que le piratage, ces petites machines que l’on voit partout maintenant, que l’on appelle ordinateurs, ont réussi à détruire ces moments très importants. J’espère que ça n’arrivera pas pour le livre ». Il remet le couvert en fin d’interview, tentant d’identifier les raisons qui font que seuls les auteurs populaires arrivent encore à vendre : « Marc Levy, 235 000 (ventes de son dernier livre), c’est deux fois ou trois fois moins que ce qu’il vendait il y a un an ou deux. Le temps de cerveau disponible est beaucoup moins important et, malheureusement, que ce soit pour les radios, pour les éditeurs, pour les libraires, je pense qu’il y a tout un temps consacré à aller sur un blog, choper une info, un scoop, une rumeur. Les gens passent deux ou trois heures de leur vie quotidienne à faire ça et pendant ce temps là, ils ne lisent pas. Par contre les acheteurs de cette grosse cavalerie populaire vont en librairie. D’habitude se vendaient ces livres là et puis les autres. Les autres se sont moins vendus ». Enfin, au sujet de lieux de vente, directeur éditorial des éditions Stock s’en prend, encore une fois, à Internet : « Il y a 30 ans, Jérôme Lindon s’est battu pour le prix unique, aujourd’hui je pense qu’il faut se battre pour le lieu unique. le lieu unique c’est la librairie, c’est pas la vente en ligne. La vente en ligne, moi je crois que c’est ça qui, peu à peu, va détourner le vrai lecteur de son libraire et donc de la littérature. » Conclusion cinglante de Jean Birnbaum, rédacteur en chef du Monde du livre, également invité en studio : « Je suis convaincu qu’il y a plein de gens à la tête des institutions culturelles ou des médias qui projettent sur le public, l’audience, le lectorat, les gens, leurs propres déceptions ou leur propre fatigue vis à vis de la culture ».
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