Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

mercredi 8 juillet 2009 17:15

  • cinéma

La vie chair

Une call-girl de luxe dans l’oeil de Soderbergh, qui convertit corps et sexe en précipité des échanges capitalistes. Expérimental et troublant.

par Olivier Séguret

tag : sexe

Photo DR

» sur le même sujet

Sasha Grey : « Je ne mets pas de frontières entre mainstream et monde adulte »

Sasha Grey joue dans "The Girlfriend Experience", de Steven Soderbergh. A star is porn ?

C’est peut-être d’avoir été très tôt verni qui a donné à Soderbergh le don des intuitions précoces. En formalisant avant tout le monde la leçon numérique dans sa pratique de cinéaste et de producteur, en multipliant toutes les options pour la diffusion de ses films et en tournant à un rythme acharné, il s’est ménagé une position plutôt confortable  : quelle que soit l’adversité qui menace, Soderbergh semble en situation de rebondir et de s’adapter.

C’est sa manière à lui d’être un cinéaste alternatif  : il alterne, en effet. Et même il triangule  : un coup le tiroir-caisse hollywoodien avec les honneurs glamours ­(modèle Ocean’s Eleven et suivants), un coup le « film du milieu » à l’américaine, idéal pour les grands festivals (la fresque Che) et un coup de petit film léger tourné à l’arrache, dont Bubble a fourni en 2007 un délicieux exemple. C’est à ce dernier registre qu’appartient The Girlfriend Experience et c’est souvent dans cette veine que Soderbergh démontre le plus de capacités à surprendre. Il pratique là un cinéma de terrain, plus cérébral, et où il s’arrime plus intimement au réel de ses contemporains, aux tensions politiques sourdes et muettes sur lesquelles pourrissent les rapports sociaux.

Ainsi, The Girlfriend Experience, qui raconte le quotidien d’une call-girl de luxe à New York, doit aussi se comprendre comme une réflexion profonde sur le capitalisme de 2009. Chelsea, ainsi qu’elle se fait appeler, n’a qu’elle-même à vendre, mais elle entend le vendre bien. Elle est indépendante et sagace. Sa clientèle est rare, mais riche et variée. Son boyfriend régulier est au courant de son activité et s’en accommode. Lui-même, coach de gym pour traders, passe son temps à se vendre et à négocier. Malgré son intelligent statu quo, le couple bute sur un obstacle  : Chelsea tombe amoureuse d’un client…

Choisir l’actrice de films X Sasha Grey (lire son interview) pour interpréter Chelsea est évidemment un geste remarquable de la part de Soderbergh, qui joue cette rencontre comme un défi de cinéaste. Le choix n’a rien d’un caprice chic  : quelques plans de la créature suffisent à le justifier. Ni somptueusement belle, ni brillamment éloquente, Sasha Grey exprime pourtant une force permanente vis-à-vis de la lumière, une forme de beauté qui est aussi une douleur, une sorte d’insoumission très rare qui en fait une frangine de Louise Brooks et d’Asia Argento.

La toile de fond sur laquelle Soderbergh épingle son motif est celle du capitalisme en flammes  : un New York en proie au doute, un monde des affaires contemplant le gouffre ouvert par la crise financière, tandis que la campagne présidentielle bat son plein. Chelsea affronte elle aussi, et parfois durement, la loi d’un marché vacillant, s’emploie à faire grimper sa cote sur le site Erotic Connoisseur, négocie pour sa propre plate-forme web, déplore la perte d’un client régulier. Son corps forme à la fois son capital et son outil de travail, son Dow Jones et son investissement. Dans le réel convenable de l’économie mainstream comme dans celui réputé dégradant de l’économie sexuelle, la leçon est amère, même si les mieux armés pour l’avenir ne sont peut-être pas ceux qu’on croit.

A son héroïne, bloc de solitude en toutes circonstances, Soderbergh n’oppose jamais réellement de personnages, mais des groupes sociaux ou d’intérêts, des emblèmes humains et, surtout, une ville. New York est le deuxième grand défi que le cinéaste s’est ici lancé et qu’il filme comme une cité tout en percussions, dont le scintillement serait enneigé. Est-ce l’effet d’un climat capitaliste mondial déréglé  ? En tout cas, l’impression donnée est synchrone avec les perturbations chronologiques qui viennent, elles aussi, avec audace et charme, secouer régulièrement la météo de ce troublant récit.

Paru dans Libération du 08/07/09


Il y a 1 réaction à cet article.

Lire les réactions.
Réagir à cet article.

Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

sexe - Paypal abandonne sa censure de la littérature érotique

article précédent
Hadopi : La faute à Fillon !
article suivant
Sasha Grey : « Je ne mets pas de frontières entre mainstream et monde adulte »


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • écrire à Olivier Séguret
  • réactions (1)
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Des «irrégularités» au sein de la section PS de Liévin
  • Bourdes ministérielles, la (première) compil'
  • Quel acteur a vu sa carrière décoller grâce à «Thelma et Louise» ?
  • Québec : près de 700 manifestants arrêtés dans la nuit
  • Angry Birds prend son envol social
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008