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jeudi 10 juin 2010 09:04

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La vie privée, embrouilles cycliques

par Alexandre Hervaud

tags : vie privée , polémique , facebook

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Facebook, le grand ras-le-clic

Avec les dernières polémiques, quitter le réseau social devient un must, mais reste une entreprise ardue.

De la résistance passive à l’alternative

Si des internautes tentent de mieux verrouiller leurs données, d’autres envisagent déjà l’après-Facebook.

Il en va des réseaux sociaux comme de la politique : dans les deux cas, les fréquentes polémiques agitant le microcosme ne touchent pas forcément le grand public, et les gaffes d’un jour finissent généralement aux oubliettes. En ce qui concerne Facebook, l’exemple le plus flagrant reste sans aucun doute le newsfeed, comprendre «fil d’actualité». Dès sa connexion sur le réseau social, l’utilisateur découvre le flux des mises à jour de ses contacts : nouveaux statuts, liens postés, événements proposés, photos publiées… Aussi impensable que cela puisse paraître pour les utilisateurs habitués, ce fameux newsfeed, véritable colonne vertébrale du réseau, n’a pas toujours existé.

Pire encore, son arrivée en 2006, juste après l’ouverture de Facebook à tous (et plus seulement aux étudiants américains), avait déclenché un tollé pour de nombreux utilisateurs, comme l’Américain Ben Parr, créateur du groupe Facebook intitulé «les étudiants contre le newsfeed». Au plus fort de son succès, ce groupe regroupait près de 750 000 membres, rien de moins que 8% du nombre total d’utilisateurs à l’époque. En 2010, le groupe existe toujours, vestige du Web 2.0, il compte 163 000 membres, probablement trop étourdis pour effacer leur participation à une cause obsolète. Deux ans après la création du groupe, Ben Parr écrivait dans une chronique pour le site Mashable.com : «Nous sommes désormais plus à l’aise à l’idée de partager nos vies et opinions instantanément avec des milliers de gens, amis proches ou parfaits inconnus.» À l’heure où le nombre d’utilisateurs de Facebook frôle le demi-milliard, quasi personne n’aurait l’idée de remettre en question le fil d’actualité, au passage totalement paramétrable pour masquer tel ou tel contact.

Est-ce à dire qu’après la réaction initiale réfractaire au changement, l’utilisateur lambda s’adapte aux desiderata de l’intouchable Mark Zuckerberg, rendant ainsi toute forme de protestation vaine ? Au contraire, chaque «révolte» d’utilisateurs a provoqué, de manière sensible ou non, des ajustements dans la gestion du site. Au rayon «gaffes suivies de corrections», difficile d’oublier l’épisode Beacon en 2007. Derrière ce nom, une application censée importer automatiquement dans Facebook des données concernant les achats d’un utilisateur sur un site partenaire, comme eBay. Révolte des membres, excuses de Zuckerberg, rétropédalage pour rendre l’option facultative : l’épisode reste un dur souvenir pour les attachés de presse de l’entreprise.

En février 2009, un changement des conditions générales d’utilisation laisse à penser que Facebook s’arroge pour toujours les données de ses utilisateurs. Et la ritournelle reprend, avec l’éternel cycle : bronca des membres, explications penaudes de Zuckerberg, clarification du problème et appel à la «transparence» vis-à-vis des utilisateurs.

Tandis que leur nombre ne cesse de croître, l’année 2009 se termine encore sur une polémique lorsque Facebook modifie les paramètres de confidentialité. Du jour au lendemain, des mots prennent un nouveau sens. Le terme «visible par tout le monde», qui jusqu’à présent faisait référence à «tous les utilisateurs de Facebook» (certes, ça fait du monde), désigne désormais «tous les internautes», membres ou non du réseau. Un statut publié «à tout le monde» se retrouve alors accessible en effectuant une recherche via Google. L’objectif : favoriser la recherche «sociale» et «le Web en temps réel», façon Twitter, le site de microblogging.

Mis devant le fait accompli, les utilisateurs moins vigilants ont connu des déconvenues diverses (photos jusqu’alors privées accessibles au plus grand nombre, par exemple). Tant pis pour eux : en avril, Zuckerberg le martelait haut et fort : «L’heure est au Web social par défaut.» En clair : apprenez à gérer votre profil, sinon tant pis pour vous.

Paru dans Libération du 9 juin 2010


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