mercredi 19 mars 2008 09:34
La violence des agneaux
OGM. Série Bêêêêê réjouissante sur des moutons-garous néo-zélandais.
par Bruno Icher
tag : Horreur
DR
Black Sheep de Jonathan King avec Nathan Meister, Peter Feeney… 1h27.
Le mouton est à la Nouvelle-Zélande ce que la patate est à la Belgique : un ingrédient nutritionnel de base et une source inépuisable de plaisanterie. Jonathan King a saisi cette question au collet pour une comédie un peu paresseuse sur les bords, mais poilante à force de verser dans un burlesque jusqu’au-boutiste. Détournant le principe traumatique des Oiseaux d’Hitchcock, le réalisateur a inventé une trame dans laquelle les moutons deviendraient une sévère menace pour l’humanité. En tout cas, pour la Nouvelle-Zélande, qui compte la bagatelle de treize fois plus d’ovins que d’êtres humains. Sur le thème éculé de l’homme nuisible pour la planète, le film met en scène un éleveur cupide, prêt à tous les tripatouillages génétiques pour augmenter la masse musculaire des bestioles et, du même coup, le volume de ses revenus. L’inévitable accident industriel déclenche le chaos à l’écran et la grosse rigolade dans la salle. De survival classique, le film bascule alors dans un gore flamboyant, dans les pas d’un héros pas bien courageux et affligé d’une phobie des ovins plutôt handicapante compte tenu du contexte. Flanqué d’une militante altermondialiste jolie mais maladroite et d’un Maori perpétuellement hilare, il doit venir à bout d’une épidémie dont les symptômes s’apparentent au mythe du loup-garou. Tout individu mordu par un mouton contaminé deviendra à son tour, s’il survit à ses blessures, une créature chimérique et bêlante, dotée d’un féroce appétit de chair humaine. En dépit de quelques répétitions fatigantes (le gag un peu trop récurrent du mouton qui pète), il y a une sincérité rafraîchissante dans l’hommage rendu aux films de zombies de Romero, aux Evil Dead de Sam Raimi et autres Bad Taste de Peter Jackson, réalisateur néo-zélandais de référence. A ce propos, quelques clins d’œil appuyés rappellent que nous sommes bien au pays du Seigneur des anneaux, par exemple lorsque des hordes de moutons en furie dévalent une pente par milliers pour attaquer une ferme, à la manière des monstres maléfiques de la trilogie. Pour autant, le ressort comique le plus efficace reste la manière dont King filme les moutons, prenant un plaisir communicatif à suggérer une dangerosité vicelarde dans le regard désespérément vide des broutards. Pour le reste, la production n’a pas mégoté sur les effets spéciaux. Les plus sophistiqués, grâce aux prouesses de Weta Digital, la firme de Peter Jackson, comme les plus artisanaux, avec usage intensif de latex pour représenter les moutons-garous sanguinaires et déversement par camions citernes d’hémoglobine et autres répugnantes viscosités. Dans un registre un peu plus subtil, on pourra même discerner un réjouissant mauvais esprit dans le portrait cruel des militants de la cause animale, post-babas exaltés et grotesques, aussi nuls à défendre leur cause qu’à sauver leur peau.
Sortie le 19 mars 2008
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