vendredi 20 mars 2009 10:36
La violence est à moi
Les clichés sur la violence provoquée par les jeux vidéo ont la vie dure...mais peut-être plus pour longtemps.
par Olivier Séguret
Comme on l’a vu tout récemment avec la mystification d’Uckange (une mère poignardant sa fille de 11 ans et dénonçant son fils de 5 pour ce crime en inventant une querelle à propos d’une console de jeux vidéo), la France ne s’empare de la question du rapport entre violence et jeux qu’à travers les drames émotifs et sporadiques du fait divers. Entre deux affaires, le problème se volatilise, laissant espérer par là qu’il n’est peut-être pas considéré par la psyché nationale comme si important que ça. Serait-il tout bonnement imaginaire ? Dans les pays anglo-saxons, le débat est depuis longtemps entré dans une phase juridique et scientifique. L’Australie par exemple applique l’un des codes de censure les plus restrictifs du globe, au point de perturber les stratégies des plus grands éditeurs, qui hésitent à produire des versions kangourou et édulcorées de leurs titres les plus saignants. Pas très accueillant non plus, le Royaume-Uni est le moins libéral d’Europe en cette matière, ce dont la pourtant brillante industrie locale (c’est ici que s’inventent Fable et GTA) se plaint assidûment. Aux Etats-Unis, où la marge de manœuvre législative accordée à chaque Etat rend la situation plus complexe, l’affrontement est organisé en bras de fer politique depuis longtemps. Un peu, toutes proportions gardées, sur le modèle des pro et anti-avortement. Tout cela se réglera-t-il un jour devant la Cour suprême ? En tout cas, ceux qui soutiennent la thèse d’un lien de causalité entre jeu et violence viennent de perdre leur argument le plus efficace et sournois : la validité des études scientifiques sur lesquelles ils s’appuient. Comme nous en informe le rigoureux site Gamepolitics.com, deux chercheurs viennent en effet de publier une étude sans appel sur la qualité des études produites sur ce sujet. Cette « méta-analyse » des analyses précédentes relève des failles méthodologiques rédhibitoires dans plus de 59 % de ces « travaux » réputés académiques. Les professeurs Christopher Ferguson (Texas International University) et John Kilburn, qui ont réservé la primeur de leur scoop au Journal of Pediatrics, eux-mêmes surpris par leurs résultats, n’en donnent qu’une interprétation possible : l’orientation politique et idéologique préalable, même inconsciente, a anéanti l’objectivité de ces travaux. Nous en sommes subjectivement comblés.
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