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mercredi 24 septembre 2008 08:53

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La voix de la France tousse

Audiovisuel. Tensions et soupçons à France 24, après les licenciements du directeur de la rédaction et d’un rédacteur en chef.

par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos

Une pétition de soutien aux licenciés venue de nulle part, un directeur de la rédaction viré en quelques minutes, un rédacteur en chef mis à pied… Il s’en passe des vertes et des pas mûres, à France 24, la chaîne française d’informations internationales voulue par Jacques Chirac et lancée fin 2006.

L’ancien directeur de la rédaction, Grégoire Deniau, mis en disponibilité, est convoqué demain pour se voir signifier son licenciement et ce sera chose faite dès aujourd’hui pour son comparse de toujours, Bertrand Coq, qui était rédacteur en chef à France 24. Et déjà l’intersyndicale de la chaîne s’interroge « sur d’éventuelles manœuvres politiques ». Suivez son regard vers la numéro 2 de l’audiovisuel extérieur, (holding qui doit regrouper France 24, RFI et TV5), Christine Ockrent, compagne de Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères.

Du côté de la direction de France 24, rien ne sourd. Sinon, en trois lignes officielles datant de mercredi dernier, le remplacement de Grégoire Deniau par le directeur de l’information et des programmes Gérard Saint-Paul, qui assurera l’intérim, le temps d’atteindre l’âge de la retraite, en novembre prochain.

Le communiqué de la direction se fait plus précis sur le cas de Bertrand Coq, mis à pied « pour des raisons liées à son comportement dans l’encadrement des équipes ». Comment ? Deux journalistes lauréats du prestigieux prix Albert-Londres éjectés comme des malpropres ? Voilà qu’une pétition de soutien fait le tour des bureaux de France 24. Seulement elle recueille peu de signatures car les deux hommes ne se sont pas fait que des amis au sein de la rédaction. « Ça fait plus d’un an qu’on fait remonter les problèmes rencontrés avec Grégoire Deniau et surtout Bertrand Coq, raconte un délégué du personnel, ce sont peut-être de brillants journalistes, mais ce ne sont pas des managers. » L’un comme l’autre sont des reporters, des vrais, des durs, habitués des conflits. Qui n’hésitent pas à rudoyer la jeune rédaction de France 24.

C’est Bertrand Coq, surtout, qui est dans le collimateur : des journalistes parlent de brimades, de harcèlements, d’insultes, de misogynie, ce que dément l’intéressé. « Il a de grandes capacités de rédacteur en chef mais une véritable incapacité à se comporter normalement, surtout avec les femmes, il y a eu plusieurs remarques sexistes, voire insultantes », confirme Gauthier Rybinski, chroniqueur de politique internationale et délégué syndical CFTC.

Plusieurs journalistes déplorent aussi l’attitude de Grégoire Deniau. Le grand reporter aime ainsi à traiter sa rédaction de « téléphonistes ». Il y a en fait une fracture dans la rédaction entre reporters envoyés sur le terrain et ceux, occupés au desk, qui restent à Paris. « Il y a ceux qui se sont épanouis avec Grégoire Deniau en faisant beaucoup de reportages, souligne un journaliste, et les autres. » Pour justifier le licenciement de Grégoire Deniau, la direction avance trois éléments. Son absence, d’abord, pendant la crise géorgienne : « Il n’était pas en congés, confirme un journaliste, il était à Paris mais injoignable. » Ce qui s’était déjà produit lors de la pendaison de Saddam Hussein, quand Deniau avait fait lambiner la rédaction pendant une vingtaine d’heures avant de débarquer.

Deuxième élément à charge contre Deniau : la diffusion d’un débat sur le 11 Septembre, dont ne voulait pas la direction. Le troisième dossier fait frémir France 24 : selon nos informations, il est reproché à Deniau d’être passé outre l’exclusivité que la chaîne américaine NBC a chèrement acquise (893 millions de dollars, soit 610 millions d’euros) sur les droits télé des Jeux olympiques. Vu que France 24 est diffusée de par le monde, elle devait se plier à la diffusion de NBC. Or, elle a retransmis la finale du 100 mètres que NBC n’avait pas encore diffusée. Ce qui a déjà valu aux envoyés spéciaux de France 24, lors des JO de Pékin, de voir leur accréditation retirée. Et France 24 redoute maintenant de voir NBC lui demander réparation. Joint par Libération, Grégoire Deniau dit « comprendre mal [s]on licenciement : les raisons invoquées sont des prétextes ». Et Deniau de pointer la responsabilité conjointe de son supérieur Gérard Saint-Paul.

D’autres à France 24 partagent cet avis, comme Juliette Igier, déléguée syndicale SNJ-CGT, selon elle, les raisons avancées par la direction ne sont que « prétextes fallacieux ». Pour la CGT, il s’agit rien moins qu’« un remaniement politique. Ces deux personnes ne rentrent pas dans le cadre alors qu’on est en pleine restructuration de l’audiovisuel extérieur ». En clair, certains voient dans le limogeage de Deniau et de Coq la main de Christine Ockrent. Ses rapports avec Deniau sont plus que frisquets et Coq a écrit en 1993 un livre critique sur le rôle de Bernard Kouchner en ex-Yougoslavie - le désormais ministre est réputé avoir la rancune tenace. « Je ne m’en suis mêlée en rien, déclare évidemment Christine Ockrent à Libération, toutes ces informations sont sans fondement. »

En juillet pourtant, France 24 n’a pas hésité à jeter à la poubelle l’extrait d’une émission où Kouchner s’emportait contre un reportage retraçant sa carrière. S’agirait pas que la voix de la France se mette mal avec le ministre des Affaires étrangères.

Sur le même sujet :
- Audiovisuel : le grand pataquès
- TF1 prête à céder France 24
- France 24, TV5 et RFI dans le shaker _- La voix de la France fait des couacs


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