samedi 8 juillet 2006 11:42
« Lady Vengeance », beauté noire de l’ultraviolence
Pour clôturer sa triologie tragique et burlesque, variante asiate du mythe de Monte-Cristo, Park Chan-wook choisit une héroïne.
par Samuel Douhaire
Lady Vengeance de Park Chan-wook (2005). 1 h 50. 3 DVD HK Vidéo, 30 euros.
Il faudra bien un jour cesser de surnommer la Corée « le pays du matin calme », tant le cinéma de Séoul regorge de fous furieux devant et derrière la caméra. Park Chan-wook avait donné deux aperçus de son talent explosif dans Sympathy for Mr Vengeance et Old Boy, passé à la postérité pour ses séquences chocs type arrachage de dents au marteau et ingestion de poulpe vivant. Lady Vengeance boucle cette « trilogie de la vengeance » avec, peu ou prou, les mêmes ingrédients : un scénario alambiqué avec flash-backs dans tous les sens, un mélange détonnant de romantisme noir et d’ultraviolence graphique, un goût pour le tragique mâtiné de burlesque, sans oublier une avalanche de violons en guise de musique.
Les nouveautés résident dans la mise en scène, un poil moins spectaculaire (et épuisante : pour résumer, ça bouge moins), mais également dans la mise en vedette d’une femme : la belle Geum-ja, emprisonnée durant treize ans pour un infanticide qu’elle n’a pas commis, et qui veut faire payer le meurtrier. Si l’éloge à peine voilé de l’autodéfense pourra faire tiquer, un cinéaste capable de fédérer dans un même long métrage Crime et châtiment et les codes du « film-de-femmes-en-prison » mérite le respect. Le DVD propose Lady Vengeance tel qu’on put le découvrir au cinéma à l’automne dernier, mais aussi dans une version inédite, celle désirée initialement par Park. Les deux montages sont absolument identiques, à ce détail près que, dans la version « réalisateur », les couleurs s’effacent progressivement pour laisser la place au noir et blanc, histoire, selon Park, de mieux signifier « l’expiation des péchés » de son héroïne. L’explication a de quoi faire sourire, mais visuellement le film y gagne une puissance troublante.
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