Ecrans, un site de Libération.fr

Dixit

Je rejette le terme “piratage”. Ce sont des gens qui écoutent de la musique et la partagent avec d’autres personnes.

Steve Albini, pilier du rock indépendant américain depuis 1982

  • Home
  • Internet
  • Télévision
  • Cinéma
  • Dvd
  • Jeux
  • Téléphone
  • Forums
  • Rss

samedi 10 juin 2006 18:37

  • télévision

Le Caucase au bout du tuyau

La caméra de Nino Kirtadzé suit l’installation controversée d’un oléoduc dans une vallée géorgienne.

par Ludovic Lamant

tag : documentaire

Un dragon dans les eaux pures du Caucase.

Un peu de géopolitique pour commencer. Soit l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (nom de code BTC), 1 760 kilomètres de tôle pour faire transiter les hydrocarbures du bassin de la Caspienne, depuis l’Azerbaïdjan, jusqu’au port turc de Ceyhan. Gérée par un consortium anglo-américain, la construction, imaginée par la Maison Blanche sous Clinton afin de contourner la Russie, doit acheminer un million de barils par jour. Dès son lancement, le pipeline géant a déclenché la fureur des écolos de tous poils, qui hurlent au nouveau désastre environnemental. Au coeur des inquiétudes, la région de Borjomi, en Géorgie, parc naturel protégé et réputé pour ses sources d’eau minérale. Stop. Nous y sommes. La caméra plantée dans cette vallée photogénique du Caucase, le docu enregistre depuis un petit village l’avancée du chantier décrié.

Ce Dragon... avance sur deux pattes. D’un côté, la lente et bruyante installation, tuyau après tuyau, de l’oléoduc : tracer, creuser la terre, enfouir puis recouvrir le mieux possible, comme on panse une plaie. De l’autre, les réactions des villageois, tous forcément chahutés par l’implacable arrivée des pelleteuses. Il y a les réfractaires complets, allergiques à l’idée de voir un pipeline courir le long du cimetière municipal, sacrilège. Ceux qui acceptent de céder leurs terres contre rémunération généreuse de la part de British Petroleum, reste à se mettre d’accord sur un tarif décent. Ceux, enfin, qui ne savent pas trop de quoi on parle, mais qui liront la presse, c’est juré. Sous la caméra de Nino Kirtadzé, réalisatrice géorgienne au passé de journaliste, ces paysans grande gueule deviennent, au fil des réunions entre voisins, des figures romantiques de la résistance à la mondialisation en marche. Le film, primé au festival Visions du réel de Nyon, réussit à mêler ces petites vies aux grands flux mondiaux, sans jamais se prendre les pieds dans les changements d’échelle, ni verser dans la vulgarisation. Ainsi, Kirtadzé prend soin de ne pas réduire le conflit à un face-à-face simpliste entre compagnies énergétiques étrangères et villageois de la vallée. Elle donne notamment la parole au gouvernement géorgien, pas innocent dans l’affaire. Le chef du village, étranglé entre sa soumission aux autorités nationales et son devoir d’écoute des habitants, fait partie des portraits les plus réussis. En particulier lors de sa démission surprise, pleine de grandiloquence, au cours d’un énième rassemblement de voisins : libéré, il descend l’estrade dans la pénombre de la salle et rejoint la porte vers le dehors noyé de lumière (merci au passage au chef op Jacek Petricki, autrefois collaborateur de Kieslowski).

Au-delà du versant politique, Un dragon... procure un plaisir plus direct et évident à prendre le pouls d’une région perdue ou oubliée. Et dessine à grands traits les contours de cette société rurale géorgienne, bien loin des renversements politiques et médiatisés de Tbilissi : poids des traditions, culte de la terre, réflexes machistes, femmes aux avant-postes des luttes. La région de Borjomi ne vaut d’ailleurs pas que pour ses sources d’eau pure. Staline était, paraît-il, aficionado des montagnes du coin. Depuis cet ex-éden soviétique devenu zone en proie aux séparatismes, le docu capte un peu de cette nostalgie flippante pour le régime communiste. Une vieille dame à un journaliste de la BBC : « On nous a opprimés pendant soixante-dix ans, maintenant c’est pire. » Entendue à plusieurs reprises dans la bouche de paysans, cette équivalence des peines, entre le régime soviétique d’antan et les travers de la mondialisation d’aujourd’hui, fait froid dans le dos.


Partager cet article

Partager Tweet


Twitter Ecrans Facebook Ecrans

Sur les mêmes thèmes:

documentaire - Kadhafi, dernier Occident de parcours

article précédent
Les imports dans la peau
article suivant
Avi Mograbi, Israël au vitriol


 

Loading

Outils

  • imprimer
  • Tweet
  • Partager

Actualit

  • Lekiosque.fr se presse à l’étranger
  • Pierre Lescure, des intérêts en question
  • Angry Birds prend son envol social
  • Pas de « Silence on joue » cette semaine
  • [Vidéo] Ecrans.fr, le podcast citoyen

Lib.fr

  • Des «irrégularités» au sein de la section PS de Liévin
  • Bourdes ministérielles, la (première) compil'
  • Quel acteur a vu sa carrière décoller grâce à «Thelma et Louise» ?
  • Québec : près de 700 manifestants arrêtés dans la nuit
  • Angry Birds prend son envol social
publicité

Inutile donc inutile

img75
Un coup de Moog

Jouer du Daft Punk avec le doodle Moog de Google ? Yes he can.


Chronophage

Wake up the Box 4

On ne se contente plus d’assembler les pièces de bois à notre disposition pour construire une machine à réveiller la boîte. Il faut désormais les dessiner soi-même.


Ecouter / Voir

img75
Un clip dans ses petits papiers

« Østersøen » fera moins consensus sur son style musical que ses charmants décors en papier et carton.


Hum, bizarre...

img75
Dans le secret des lieux

L’un des gouvernements les plus zélés sur Google Earth est celui des Pays-Bas, qui a recouvert d’esthétiques polygones des centaines de sites stratégiques (palais royaux, dépôts de fuel, bases militaires...)


Vidéo box

img75
Meilleurs souvenirs du net

Marco Cadioli se livre à des dérives existentielles autour du globe avec Google Earth.


Vendredi, à poils !

img75
« Ce glandeur de phoque du Groenland n’a pas de boulot »




accueil | internet | télévision | cinéma | DVD | jeux | téléphone
contacts | licence | mentions légales | données personnelles | charte d’édition
engine SPIP | powered by carburant
© Libération- un site de Libération Network - 2006 - 2008