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vendredi 3 juin 2011 09:47

  • cinéma

« Le Chat du rabbin », sans piété

par Eric Loret

tags : bande dessinée , animation , relief numérique

DR

Le chat du rabbin de Joann Sfar et Antoine Delesvaux
avec François Morel, Maurice Benichou, Hafsia Herzi…
1 h 40.

 

Techniquement, c’est un film post-3D. C’est-à-dire qui utilise la 3D non comme une énormité, un élément inassimilable et hétérogène (qui ramène généralement le relief à un phénomène de foire et le cinéma à ses origines circassiennes) mais qui au contraire l’intègre, la prend pour acquise, insoupçonnable. Un film en 3D vierge, impeccable, sans péché. On circule dans le Chat du rabbin comme un poisson sous l’eau.

Sans doute parce que Joann Sfar ne s’avoue pas fan du « clinquant » de la 3D. Les modifications substantielles qu’Antoine Delesvaux et lui ont apportées au procédé concernent la couleur, poussée au max pour éviter les virages bleus habituels (et oui, pourquoi croyiez-vous qu’Avatar était glauque ?), et une mise en espace qui, au lieu de privilégier action, vitesse et surprise, joue l’affect, « pour être au plus près des personnages dans les moments d’intimité ». Festival donc de museaux de chat en gros plan, avec moustaches à l’appui.

Pour le reste, on peut dire que ce Chat en dessin animé, tiré de la BD best-seller, enchante poliment. Animation française, au trait d’encre, qui fait figure lente à côté de l’hystérie des productions hollywoodiennes — à tel point qu’un poil de piment supplémentaire ne l’aurait peut-être pas gâtée. Mais la sobriété de la narration tient aussi à l’équilibre médité du discours de Sfar. Comme pour la BD d’origine, le Chat du rabbin est un poème didactique à la fois œcuménique et antireligieux. Joann Sfar cite volontiers Voltaire comme inspiration, la dénonciation de l’intolérance et de la bêtise croyante, sans verser dans la caricature exaspérée. Seule peut-être la charge contre Tintin, représenté dans un épisode d’anthologie en colon nationaliste et débile bien au-delà du racisme de Tintin au Congo, semblera injuste même aux yeux d’un tintinophobe ordinaire.

 

 

À part ça, c’est toujours l’histoire d’un chat qui se trouve soudain doué de parole après avoir avalé un perroquet. On est en Algérie, au début du siècle. Amoureux autant qu’un félin peut l’être de sa jeune maîtresse, Zlabya, la fille du rabbin Sfar, il décide de faire sa Bar-mitsva. Le maître et son chat rencontrent un sacré tas d’imbéciles mais aussi des poètes, tel un peintre russe dont le bédéiste dit qu’il incarne ses fantasmes sur « la partie ashkénaze de [s]a famille ». Ils iront jusqu’en Ethiopie, à la rencontre des falashas. Outre celui du héros rabbin, Sfar est aussi dans le film le patronyme d’un cheikh incarnant un « islam éclairé », dixit Sfar (l’artiste). « Sfar » a en effet la particularité d’être un nom aussi bien arabe que séfarade.

Du coup, on a envie d’emmener les enfants voir ce Chat du rabbin pour être sûr de les vacciner contre l’extrémisme, tellement la mesquinerie religieuse est démontée avec intelligence et drôlerie. En accroche, l’affiche porte cette mention parodique : « Des chats et des dieux. » Sfar s’en amuse : « La religion est un sujet beaucoup trop important pour qu’on le laisse aux seuls croyants ! »

Paru dans Libération du 1 juin 2011


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