jeudi 14 mai 2009 16:00
Le Festival décolle avec Pixar
« Up », nouvelle production réussie du studio d’animation, est diffusé en 3D.
par Olivier Séguret
tags : animation , Festival de Cannes
DR
OUVERTURE – HORS COMPÉTITION Up (Là-haut) de Pete Docter et Bob Peterson. 1 h 44. Sortie française le 29 juillet.
Bien sûr, il y a un réalisateur derrière Up, et même deux : Pete Docter et Bob Peterson. Mais selon la façon cannoise de parler des films (« le Almodóvar », « le Lars von Trier », etc.), on a ici entendu partout la même formule : le film d’ouverture, c’était « le Pixar ». Très peu de studios ont connu ce privilège. Et si on a pu, à une lointaine époque, évoquer « un film RKO », voire « une production Hammer », la tournure est tombée en désuétude. A une exception près, et pas la moindre : celle qui nous fait encore dire parfois « le Disney de Noël ». C’est peut-être à la lumière de cet énorme avantage symbolique, cette forme de consécration, qu’il faut relire la chronique des relations entre Pixar et Disney, désormais liés, et dont Up est la dixième coproduction. Le nouveau Pixar, donc, a formé hier une parfaite introduction à la quinzaine animée qui s’annonce. Il a été présenté en numérique 3D et en version originale à la presse, qui n’a pas pu en conséquence apprécier l’interprétation que Charles Aznavour fait du héros dans la version française. C’est la première fois que les publics cannois enfilent des lunettes anaglyphes, qui fabriquent une uniformité subite : tout le monde se ressemble là-dessous, et tout le monde a l’air égaré dans une faille spatio-temporelle moitié Courrèges, moitié Cosmos 1999. En fait de quoi, nous sommes en pleines années 30, au côté du jeune Carl, garçonnet qui rêve d’épopées et dont le fameux aventurier Charles Muntz est le héros. Carl va passer sous nos yeux de 8 à 78 ans, au cours d’une séquence de vingt minutes qui est certainement la plus mélancolique et tire-sanglots que le cinéma d’animation à vocation de blockbuster se soit jamais permis. Un grand amour tragique. Un destin qui refuse au couple les enfants qu’il attend. Un quartier ravagé par la lèpre immobilière. Une expulsion qui menace. La mort de l’une, la solitude de l’autre. Le récit tout en ellipses aiguisées n’a pas le temps de nous laisser pleurer que, paf !, l’ange du merveilleux vient enfin étendre ses ailes protectrices au-dessus de Carl et de sa bicoque, harnachée de milliers de ballons, et qui décolle… Sans jamais devenir tout à fait sereine, l’atmosphère sera plus détendue par la suite, dont le scénario rejoint les traditions plus établies du dessin animé grand public. Au terme de l’aventure, Carl se sera vengé d’un certain nombre de fatalités et aura gagné un nouvel ami pour la vie : Russell. Celui-ci est à la fois le garçonnet symétrique de l’enfant que fut Carl et un personnage contemporain complexe, peut-être bien d’origine coréenne et frappé de cette obésité qui forme une obsession récurrente de l’usine à rêves un peu détraqués qu’a toujours été Pixar. Toutes ces notes obliques, cet entêtement à ne jamais céder à la mièvrerie, ce refus des pirouettes un peu niaises ou hypocrites par lesquelles le dessin animé conventionnel se sort des situations qui réclament un peu de profondeur, nous semblent naturellement faire partie des meilleurs atouts de Up. Mais ces qualités ont au contraire été perçues comme des défauts par les milieux d’affaires américains, qui ont fraîchement accueilli le film (et fait chuter l’action Disney) avant même de l’avoir vu, sur son seul scénario. Comment faire du merchandising avec un vieux bougon mal fagoté ? Comment vendre des happy meals chez McDo avec cet enfant obèse ? Comment faire cracher au bassinet un film qui crache manifestement sur une certaine forme du capitalisme ultime (glaciale séquence avec les promoteurs) ? On n’espère qu’un seul démenti pour moucher ces malotrus : un succès massif. Un mot à propos du relief, objet d’un travail rigoureux, d’un soin d’excellente qualité, mais dont le traitement général est en quelque sorte réservé, discret, peu démonstratif. Cette pondération peut s’expliquer par la prudence : la technique est encore expérimentale et une maison aussi réputée que Pixar ne peut présenter que des produits au polish parfait. Il peut aussi se comprendre comme un manque de conviction. Le fait est qu’on ne voit pas très bien ce que le film pourrait perdre en 2D… Paru dans Libération du 14 mai 2009
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