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lundi 12 février 2007 12:29

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Le Geta, pionnier de l’aventure française

Créé en 1959, l’un des plus anciens laboratoires européens continue à défricher.

par Frédérique Roussel

tags : linguistique , traduction

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Sur le campus de Saint-Martin-d’Hères, près de Grenoble, se trouve l’un des plus anciens laboratoires de recherche d’Europe spécialisés en traduction automatique, le Geta (Groupe d’étude pour la traduction automatique), héritier direct de l’engagement pionnier de la France dans ce domaine. A l’orée des années 60, au moment où les Etats-Unis commençaient à désespérer de pouvoir traduire instantanément le langage naturel, les premières expériences démarraient en France. En 1959, alors qu’est fondée l’Atala (Association pour l’étude et le développement de la traduction automatique et de la linguistique appliquée), le CNRS crée le Ceta (Centre d’études pour la traduction automatique). Huit ans plus tard, le laboratoire présente un résultat pionnier, la première démonstration de traduction du russe vers le français sur ordinateur.

Depuis, le laboratoire, une équipe formée d’informaticiens et de linguistes informaticiens, a connu des hauts et des bas. Détaché du CNRS, désormais intitulé Geta, il a perdu un peu de ses moyens au fil des années. «En 1960, il comptait une quarantaine de personnes, explique son actuel directeur, Christian Boitet. Aujourd’hui, nous avons dix-huit permanents et vingt-cinq thésards, et les investissements du CNRS ne cessent de décroître depuis dix ans.» Le Geta a pourtant produit récemment des recherches originales, comme la mise au point du langage pivot, passage intermédiaire entre la langue source (à traduire) et la langue cible (la traduction). D’autres projets à succès ont suivi. Mais les moyens financiers ne sont plus au rendez-vous. «Il n’y a pas beaucoup d’argent public en France pour la traduction automatique, déplore Christian Boitet, qui peste au passage sur les appels d’offres immanquablement écrits en anglais même quand ils sont européens. Aux Etats-Unis, la Darpa [agence de recherche de la défense, NDLR] fait des efforts financiers gigantesques. En France, il n’y a pas eu de projets importants en recherche et développement depuis 1992.» Alors qu’en Allemagne, renchérit Hervé Blanchon, maître de conférences à l’université Pierre-Mendès-France et membre du Geta-Clips (Communication langagière et interaction personne système), un projet permet de rassembler 100 laboratoires pour des applications de traduction destinées au mobile.

Ici, on ne croit pas, bien sûr, à une traduction automatisée parfaite sans intervention humaine. «Il s’agit d’un problème insoluble, estime Christian Boitet. On voudrait trois éléments incompatibles, l’automaticité, la qualité et la couverture.» A Grenoble, on préfère parler de la TAO (traduction assistée par ordinateur) qui conçoit des outils au service du traducteur humain. Parmi les projets phare de ces dernières années, il y a Lidia, sur lequel a planché Hervé Blanchon, qui porte sur la désambiguïsation interactive: le système fournit plusieurs suggestions de traduction, à l’opérateur humain de choisir. Quant à la voie de la «TAO de parole» (interprétation automatique de l’oral), elle est explorée depuis 1996, avec l’entrée de la France dans le premier consortium international C-Star (Consortium for Speech Translation Advanced Research). Il s’agit de travailler sur un système de traduction orale simultanée au service des réservations touristiques. Mais pour Christian Boitet, une des pistes pour résoudre le problème de la traduction, si coûteuse, se trouve peut-être dans un réseau collaboratif de traducteurs sur l’Internet, organisé sur le modèle de celui de l’encyclopédie en ligne Wikipédia. «Quand on voit que Mozilla, logiciel libre, parvient à être traduit dans soixante-dix langues, on peut imaginer faire appel à des outils de mutualisation de la traduction humaine comme Wikitranslation.net.» Une autre route vers Babel ouverte par le Web.


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