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mardi 21 avril 2009 16:57

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Rétrovision : Le Japon songe à l’ordi qui pense

Dans les années 80, le gouvernement a rassemblé les meilleurs chercheurs du pays pour lancer une « cinquième génération » de machines, dites intelligents.

par Nicolas Chevassus-au-Louis

tag : Japon

Les iPhone, d’Apple, Google Phone et autres téléphones 3G (de troisième génération) s’arrachent aujourd’hui pour le plus grand bonheur de constructeurs, qui annoncent déjà travailler à une quatrième génération, présumée encore plus « intelligente ». Amis réfractaires à cette surenchère technologique, réjouissez-vous  : la « cinquième génération » d’ordinateur n’a jamais vu le jour, malgré les 900 millions de dollars (680 millions d’euros) engloutis par les Japonais dans ce projet durant les années 80  !

Cinquième génération d’ordinateurs  ? La première utilisait des lampes (1946)  ; la deuxième des transistors (1956)  ; la troisième des circuits intégrés (1963) ; la quatrième des microprocesseurs (années 70) ; la cinquième, elle, ne se contentait pas d’une innovation augmentant la puissance de calcul. Il s’agissait rien moins que de bouleverser de fond en comble la manière dont les ordinateurs fonctionnent en les rendant capables de concevoir eux-mêmes la manière de résoudre les problèmes, grâce à une programmation dans un langage logique. Les ordinateurs n’allaient plus se contenter de calculer  : ils allaient penser  ! Et qui plus est « en parallèle », c’est-à-dire en conduisant simultanément plusieurs tâches. A la clé, une machine capable de voir, d’entendre, de converser, de traduire et surtout d’apprendre à se modifier elle-même en fonction de ses expériences. En un mot comme en cent  : le HAL 9000 de l’Odyssée de l’espace (1968).

Lorsque le tout puissant Miti (ministère de l’Industrie et du Commerce) japonais annonce, fin 1981, qu’il se fixe pour objectif de commercialiser un tel ordinateur sous dix ans, le petit monde de l’informatique est dubitatif. Le Japon est alors largement distancé par les Etats-Unis dans la conception d’ordinateurs. Mais les succès spectaculaires des ­Japonais dans l’électronique grand public et la robotique sont alors dans tous les esprits, et son dynamisme semble irrésistible. Surtout, l’effervescence intellectuelle qui s’empare de l’« Institut pour la technologie informa­tique de la nouvelle génération » que crée le Miti frappe les esprits. A sa tête, un quadragénaire, Kazuhiro Fuchi, entouré de dizaines de chercheurs délégués par les firmes japonaises, dont le plus âgé n’a pas 35 ans. Un informaticien américain réputé, Edward Feigenbaum, s’inquiète de voir l’Amérique distancée. Dans un livre à succès publié avec l’essayiste Pamela Mc Corduck en 1983 (1), il avertit que « les Japonais développent un produit miracle. Ce produit miracle est l’intelligence, et les Japonais se préparent à le produire et à le vendre comme les autres nations produisent et vendent de l’énergie, de la nourriture ou des biens manufacturés ».

Cette alerte au péril jaune frappe les esprits. Les Etats-Unis et l’Europe lancent à leur tour des programmes de recherche sur cette cinquième génération d’ordinateurs qui semble la clé de l’économie postindustrielle. Pourtant, c’est dans l’indifférence que le Miti annonce la fin de son programme en 1992. La tâche s’est révélée trop complexe. « Les Européens perdent trop de temps à se demander si les machines peuvent penser », disaient les jeunes loups rassemblés par Fuchi durant leur décennie de gloire. Mais la plupart des informaticiens considèrent aujourd’hui que seul un cerveau humain peut dériver un algorithme capable de résoudre n’importe quel problème particulier.

Surtout, le programme « Cinquième génération », pensé pour de gros ordinateurs à usage professionnel, allait à l’encontre de deux tendances lourdes du marché de l’informatique  : l’utilisation d’interfaces graphiques remplaçant les commandes textuelles et la distribution des informations dans un réseau mondial connectant entre eux les ordinateurs. C’est pour l’avoir compris à temps qu’Apple et Google bâtirent ces fortunes investies aujourd’hui dans la téléphonie.

Article paru dans Libération le 21 avril 2009


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