lundi 6 septembre 2010 10:43
Le Mumm piaffe
par Isabelle Roberts, Raphaël Garrigos
Patrick de Carolis avait son virage éditorial ; Rémy Pflimlin, le nouveau président de France Télévisions, aura son virage : il sera cocktailaire. C’est dit. D’abord, il y a le retour du champagne, qui depuis quelques années - disette sarkozienne oblige - avait déserté les buffets du service public. Et là, plop, on fait carrément péter le Mumm. «On a dû avoir une rallonge budgétaire de l’Etat», se marre une salariée, tandis qu’une autre suppute : «Carolis avait sûrement planqué des billets.» Mais, mieux que les bulles, c’est le cocktail - sis au foyer de France Télévisions - tout entier qui est une métaphore de la politique pflimlienne. Le nouveau patron veut redonner leur identité aux antennes ? Chacun des cinq buffets représente une chaîne ! Rouge et tomate à gogo pour les petits fours chez France 2. Bleu, canapés outremer et le retour des petits-fours de l’espace (une coquille Saint-Jacques piquée sur une fiole azur contenant du jus de citron) chez France 3. Mauve et bouchée à base de crustacés, heu, mauves, chez France 4. Des concombres - verts, hein, vous avez mordu l’esprit - dans une mini-pince à linge chez France 5. Et, pour l’orange France Ô, carottes sur pain d’épice. Si l’on excepte de déplorables verrines (rouges, bleues, etc.), tout cela se tient bien. Presque aussi bien que Stéphane Bern, qui n’en peut plus de faire des civilités. Avisant Bruno Patino, futur Monsieur Numérique de France Télévisions et ex-collègue de Radio France, il tourbillonne et s’esbaudit : «Je suis râââââvi de vous retrouver ici !» Mais, hormis le très stylé Bern, on ne peut pas dire que l’invité soit très digne. D’abord, il bave sur son contemporain : ça s’embrasse à bouche-que-veux-tu dans tous les coins. Dans la série big bisous, Samuel Etienne claque la bise à Stéphane Bern, Franz-Olivier Giesbert à Daniela Lumbroso et Alessandra Sublet à Pflimlin. Ensuite, qui dit nouveau patron dit nouvelle possibilité de refourguer ses émissions, alors ça flagorne, ça se prosterne, ça joue des coudes, ça tente de se placer. Claude-Yves Robin, fraîchement nommé à la tête de France 2, n’a jamais eu autant d’amis. Soudain, on manque s’embrocher sur notre petite fiole, victimes d’un mouvement de foule subit : c’est Rémy Pflimlin qui passe, entouré d’une écume de courtisans frétillant du croupion. La déferlante nous soulève, nous emporte au point qu’on n’identifie pas la présentatrice de JT qui s’exclame : «Je dois perdre 500 grammes avant ce soir», ni celui qui n’arrive pas à prononcer le nom du nouveau président : «Pflimlin, c’est comme Des chiffres et des lettres mais sans les voyelles.» La houle nous repousse au large, vers le coin fumeurs et… évidemment, Frédéric Taddeï. Fournisseur officiel de déclarations à Libération dans les cocktails, le présentateur de Ce Soir (ou jamais !) grinche : «Ne comptez pas sur moi pour alimenter tous vos papiers.» Wouah, l’autre ! On (re)prend du champagne en même temps que Patrick Montel commande un Coca light. Bravo, Pat, vive le sport. Paru dans Libération du 4 septembre 2010
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