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vendredi 9 mars 2007 11:37

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Le Net, un bien commun

par Olivier Auber

tags : politique , licence libre , économie , second life

Olivier Auber à Art Media IX en 2005 - DR

Google ou Second Life envahissent le marché alors que le réseau pourrait fonctionner sans opérateurs, développer plus de liberté, de créativité, si l’Etat lui en donnait les moyens.

Par Olivier Auber chercheur et entrepreneur de l’Internet. Texte rédigé sur le « wiki » Overcrowded avec le concours de certains de ses contributeurs.

Après Google, c’est au tour de MySpace, de Second Life et de bien d’autres d’envahir l’Europe. Les services les plus rentables du Web 2.0 sont investis, sans véritable concurrence, par des groupes, le plus souvent nord-américains. Et ce n’est pas faire preuve d’antiaméricanisme que de le dire. Bien que le réseau soit réputé homogène et réparti, le phénomène est centralisé à l’extrême ; toutes les données atterrissent dans des machines situées à Palo Alto ou ailleurs. Cette centralisation technique va de pair avec la concentration financière propre au capitalisme informationnel, qui considère les connaissances communes comme des sources de profit. Aujourd’hui, même Yahoo peine face à Google et ses 155 milliards de dollars de capitalisation boursière. C’est dire si, dans ce Monopoly mondial, l’économie européenne de l’Internet a déjà perdu. Nous serons digérés, à moins que nous ne décidions de changer brusquement les règles du jeu, techniques, juridiques et politiques.

Passer à l’Internet « acentré » : de nombreux services centralisés peuvent être aussi bien réalisés sur un mode acentré, sans l’entremise d’aucun serveur, et donc d’aucun opérateur. Des exemples ? Maay, un moteur de recherche P2P développé par des chercheurs de France Télécom, effectue des recherches, certes moins massives que Google, mais plus « sociales », le tout sans aucun centre. VReng, conçu par des chercheurs de l’ENST, fonctionne comme Second Life, mais sans aucun serveur. IPv6, la future norme de l’Internet, gardée sous le coude depuis des années par les opérateurs de télécommunication, pourrait réaliser à la puissance dix ce que le P2P a préfiguré, c’est-à-dire l’échange symétrique entre tous les internautes, sans dépendre de tiers. La fondation internationale pour l’alternative P2P et l’initiative française IPv6PourTous l’ont montré : les opérateurs n’ont qu’à appuyer sur un bouton pour rendre cela possible. De quoi envoyer les travers monopolistiques du Web 2.0 au rayon des souvenirs.

Ce que les logiciels propriétaires font, les logiciels libres le font mieux encore. Selon certains candidats à l’Elysée, l’Etat s’y convertirait massivement. Mais qu’en est-il de les financer ? En soutenant la recherche et les sociétés de services en logiciels libres ? Sans doute. Mais il ne faut pas oublier d’autres acteurs essentiels. Les logiciels libres les plus créatifs sont souvent l’oeuvre de développeurs de tous horizons, travaillant, non pas selon les critères de compétitivité requis par les agences pour l’innovation, mais dans un esprit de coopération. Les usages qu’ils défrichent indiquent la voie à suivre. En France, le Parlement a quasiment déclaré hors-la-loi les auteurs de logiciels P2P. Outre-Atlantique, les industriels s’inspirent de leurs idées et aspirent les individus les plus brillants. Pour sortir de cette spirale dépressive, il faut soutenir, indépendamment des monopoles, les services et la recherche. Il faut aussi financer les auteurs libres d’une manière adéquate, par exemple sur le mode de l’autodétermination des projets et des crédits par les auteurs eux-mêmes.

Développer les biens communs. Les biens immatériels de l’Etat seraient beaucoup mieux valorisés si on leur donnait le statut de biens communs librement exploitables. Un calcul simple : l’IGN (Institut géographique national) est financé à 50 % par l’Etat et trouve le reste de ses ressources en vendant ses cartes. A qui ? Essentiellement aux collectivités locales. Bref, l’IGN est financé à 100 % par les deniers publics. Donc, non seulement ses coûts de commercialisation sont totalement improductifs, mais le fait que ses données soient propriétaires entraîne que leur valorisation, en dehors des circuits publics, est quasi impossible. Il s’ensuit un déficit d’activités économiques et donc d’emplois. Cela qui est vrai pour l’IGN l’est aussi pour les organismes publics traitant de données statistiques, patrimoniales, urbaines, touristiques, etc. Et combien de brevets issus de la recherche publique, et même privée, attendant d’improbables projets industriels, pourraient être ainsi valorisés ? Aux antipodes de cela, les auteurs du rapport Lévy-Jouyet, commandé par Thierry Breton, proposent que l’Etat fasse un commerce forcené de ses biens immatériels. Peine perdue, face au capitalisme informationnel, il est vain de se protéger derrière des lignes Maginot. Le service public y perdrait définitivement son âme. Il coûte plus cher de vendre que de donner. Alors, donnons nos biens communs, à condition d’éviter leur prévarication ultérieure. Un réseau acentré, nourri de logiciels libres, pourrait y contribuer.

L’incroyable concentration capitalistique qui se déroule sous nos yeux siphonne l’économie mondiale et pervertit l’esprit de l’Internet. Il faut revenir aux fondamentaux. Quel projet politique peut-on formuler pour le réseau des réseaux ? Vers quoi voulons-nous qu’il s’oriente ? A mon sens, rien de moins que vers une invention majeure, analogue à la « perspective spatiale », qui marqua le passage du monde hiérarchisé du Moyen Age à celui, géométrisé, de la Renaissance. Il faut quitter l’ère de la « perspective temporelle » née avec le télégraphe, dont les derniers points de fuite sont les émetteurs de télévision et les sites web tels que nous les connaissons. Il s’agit d’entrer dans le temps de la « perspective numérique », dont les « codes de fuite » universellement partagés permettront aux communautés humaines de se former et d’échanger comme elles l’entendent. Si la République a encore un sens, elle doit tout faire pour que ce qui constitue désormais le coeur invisible des échanges humains ne soit pas une fin, mais un moyen. Ainsi, le réseau pourra contribuer à répondre aux grands enjeux planétaires, et à inventer de nouvelles manières de vivre ensemble.


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  • Le Net, un bien commun

    13 mars 2007 22:52, par Olivier Auber
    Toujours dans le sur-titre ajouté par Libé, la phrase "le réseau pourrait fonctionner sans opérateurs" prête aussi à confusion. Il est question dans le texte d’un "réseau acentré", qui permettra de réduire l’importance des "sites" et autres "moteurs" que nous connaissons. Mais il restera nécessairement des "opérateurs" pour fournir les accès et véhiculer les flux.
  • Le Net, un bien commun

    13 mars 2007 22:43, par Olivier Auber
    Je me permets de préciser que la sur-titre de cet article a été ajouté par Libé. La phrase "si l’Etat lui en donnait les moyens" prête à confusion. Plusieurs commentaires semblent l’indiquer. Il ne s’agit pas de faire appel aux subsides de l’Etat, mais à sa capacité à reconsidérer les règles du jeu de la société de l’information...
  • Le Net, un bien commun

    13 mars 2007 16:54, par sirounet
    Comme il semble ne pas savoir lire, l’auteur des deux précédents commentaires sera sans doute parfaitement à l’aise pour faire de la politique dans Second Life avec le bon Loïc : http://www.ecrans.fr/spip.php ?article869
  • Le Net, un bien commun

    13 mars 2007 16:35, par Stephane
    ...sans oublier le passage obligé par la case "l’Etat doit nous donner des sous" ! Au secours !
  • Le Net, un bien commun

    12 mars 2007 14:46, par Stephane
    Quel charabia. L’intellectualisme à outrance et les mises en perspectives prétentieuses (la renaissance ? pour quoi ps l’invention de la roue tant qu’on y est ?) font partie du problème, pas des solutions. Une équipe enthousiaste démarre Secondlife en 1996, s’accroche jusqu’en 2002, trouve ses financements en 2003. Monsieur Olivier Auber, en 2007, blogge. Qu’est ce qui lui donne le droit d’émettre un avis ?
  • Un bien commun aux mains de quelques uns

    12 mars 2007 14:44, par shik
    Reste plus qu’à chasser les marchands du temple numérique...
  • Le Net, un bien commun

    9 mars 2007 17:22

    "le réseau pourrait fonctionner sans opérateurs"

    point de vue intéressant quand on sait que les opérateurs dépensent de l’ordre du milliard rien que pour l’exploitation du réseau (=faire en sorte que ça fonctionne). Sans parler de son extension (bande passante, ...)

    Il y a de sacrées économie à faire sur le plan mondial :)


 

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